Ces dernières années au Maroc, les annonces de découvertes « encourageantes », de forages « concluants » ou de « potentiel géologique important » se multiplient. Cuivre, argent, gaz naturel, hydrogène vert ou terres rares, autant de ressources stratégiques que des sociétés étrangères disent vouloir explorer, parfois développer. Mais à bien y regarder, ces communiqués n’en disent souvent pas plus sur les perspectives marocaines qu’ils n’en révèlent sur les stratégies financières de leurs auteurs.
Du Haut Atlas aux confins du Sahara, en passant par les provinces du Sud ou la région d’Agdz, de nombreux permis d’exploration sont détenus par des juniors minières britanniques, canadiennes ou australiennes. Certaines n’ont ni production active ni revenus, mais s’appuient sur une logique bien rodée qui consiste à identifier une cible, lancer une campagne d’échantillonnage ou de forage superficiel, puis publier une annonce jugée « prometteuse ». Ces communiqués, souvent diffusés via les plateformes boursières ou des médias spécialisés, n’ont pas toujours pour premier objectif le développement d’un projet industriel, mais peuvent avoir un effet immédiat : faire monter le cours de l’action, attirer de nouveaux investisseurs, renforcer la crédibilité d’une stratégie.
Le cas de la britannique Aterian illustre bien ce modèle. Présente au Maroc sur plusieurs permis, dont celui d’Agdz Est, la société a récemment annoncé avoir identifié des failles minéralisées en cuivre et en argent. Résultat : un regain d’intérêt pour un projet encore au stade préliminaire. Aucune ressource certifiée, aucun calendrier de production, mais une formule bien calibrée pour alimenter la dynamique boursière. Dans un autre registre, d’autres sociétés annoncent des volumes de gaz « potentiels » ou des « cibles prometteuses » en matière d’hydrogène naturel, sur la base de données encore exploratoires.
Du côté marocain, les autorités encadrent l’octroi des permis d’exploration via l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), qui agit en tant que partenaire étatique dans plusieurs projets. Mais le suivi public de l’activité des sociétés étrangères reste discret, et peu d’informations filtrent sur la progression réelle des travaux, les investissements effectivement réalisés, ou les résultats techniques complets. La frontière reste fine entre communication d’intention et progrès industriel concret.
Sur les marchés, l’effet est souvent immédiat. Une simple annonce de « résultats géochimiques positifs » suffit parfois à faire grimper une action de 10 à 20 %, voire plus, lorsque les investisseurs particuliers s’emballent. Or, dans le secteur minier ou gazier, entre les premières prospections et l’éventuelle exploitation, il peut s’écouler dix à quinze ans — si tant est que les projets aboutissent.
Cela ne signifie pas que tous les projets sont sans fondement. Le sous-sol marocain recèle bel et bien des ressources. Le Royaume a d’ailleurs misé sur le développement de filières stratégiques, à commencer par les métaux critiques ou le gaz naturel. Mais entre les ambitions du pays et les stratégies d’acteurs financiers cherchant à se positionner à moindre coût, il y a parfois un écart.
Dans cette zone grise entre exploration réelle et capitalisation d’image, le Maroc sert de vitrine. Un nom stable, un cadre réglementaire clair, une position géopolitique stratégique, autant d’arguments qui renforcent la crédibilité des projets sur le papier. Pourtant, très peu débouchent à ce jour sur des développements industriels majeurs portés par ces juniors étrangères.
A l’heure où le contexte mondial reste en tension sur la question des ressources et où les matières premières critiques deviennent un enjeu géoéconomique majeur, les sous-sols du Royaume attirent. Reste à faire le tri entre ce qui relève du signal sérieux… et ce qui tient surtout du bruit de marché.




