Moulay Hafid Elalamy entend accompagner le nouveau gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri, sans renoncer à critiquer les décisions qui pourraient freiner l’activité économique. Samedi 17 octobre 2026, devant les participants au forum « Entrepreneurs en mouvement », le président fondateur de Saham Group a défendu une coopération étroite entre l’exécutif et les entreprises, fondée sur le soutien aux réformes et la possibilité de signaler les dysfonctionnements.
L’ancien ministre de l’Industrie et ex-président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) s’exprimait au lendemain de la nomination de la nouvelle équipe gouvernementale par S.M le Roi Mohammed VI.
Interrogé sur cette nouvelle composition, il a d’abord salué l’accession de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement. Il estime que la désignation d’une femme à cette fonction suscite un intérêt au-delà des frontières du Royaume et contribue à son rayonnement international.
Moulay Hafid Elalamy a notamment évoqué un déplacement récent à Paris, au cours duquel plusieurs personnes l’avaient interrogé sur cette nomination. Pour l’entrepreneur, l’attention accordée à cet événement constitue un atout pour l’image du Maroc, qu’il considère comme une forme de richesse immatérielle.
Son intervention a toutefois rapidement porté sur les responsabilités qui attendent le nouvel exécutif. L’ancien ministre a insisté sur les incertitudes internationales et les transformations économiques auxquelles les entreprises devront faire face dans les prochaines années.
L’intelligence artificielle figure au premier rang de ses préoccupations. Ingénieur informaticien de formation, Moulay Hafid Elalamy considère que les progrès actuels de cette technologie se distinguent des précédentes évolutions numériques par leurs conséquences possibles sur l’emploi.
Alors que les outils informatiques ont longtemps servi à renforcer les capacités humaines, il estime que l’intelligence artificielle peut désormais prendre en charge des tâches jusqu’ici réalisées par des personnes. Cette évolution impose, selon lui, une adaptation rapide des économies, notamment dans les pays du Sud.
Dans ce contexte, le président fondateur de Saham Group juge nécessaire de disposer d’institutions et d’entreprises capables d’agir conjointement. Il appelle ainsi les opérateurs économiques à contribuer à la réussite du gouvernement, indépendamment des sensibilités politiques de ses membres.
Cette position s’appuie sur son expérience à la tête de la CGEM. Moulay Hafid Elalamy rappelle que le patronat a vocation à défendre les intérêts des entreprises tout en participant à l’amélioration des politiques publiques.
Il ne conçoit cependant pas cet accompagnement comme un soutien systématique à toutes les décisions gouvernementales. Les représentants du secteur privé doivent, selon lui, pouvoir faire connaître leurs désaccords lorsque certaines mesures entravent l’investissement ou compliquent le fonctionnement des entreprises.
Pour illustrer cette approche, il est revenu sur l’élaboration d’un livre blanc durant son mandat à la présidence de la CGEM. Le document recensait les difficultés rencontrées par les entreprises dans leurs rapports avec l’administration et formulait des propositions pour y remédier.
Moulay Hafid Elalamy a rappelé avoir présenté ce travail au chef du gouvernement de l’époque, malgré les réserves que pouvaient susciter certaines critiques. Plusieurs problèmes identifiés dans ce document resteraient, à ses yeux, d’actualité.
Son passage au ministère de l’Industrie lui a également permis de mesurer les contraintes auxquelles sont confrontés les responsables publics. Il reconnaît que les observations du monde économique ne sont pas toujours accueillies favorablement par les membres d’un gouvernement.
L’ancien ministre considère néanmoins que les difficultés doivent être exposées pour pouvoir être corrigées. Il invite ainsi les organisations professionnelles à associer leurs critiques à des propositions concrètes, plutôt qu’à se limiter au constat des obstacles.
Concernant les personnalités nommées dans le gouvernement El Mansouri, Moulay Hafid Elalamy s’est abstenu de porter une appréciation individuelle sur leurs capacités. Il a indiqué ne pas connaître l’ensemble des nouveaux ministres, tout en exprimant sa confiance dans la volonté de ceux qu’il connaît d’assumer leurs responsabilités.
Il leur a adressé ses félicitations et a insisté sur le rôle que les entreprises peuvent jouer dans l’identification des problèmes et la recherche de solutions.
L’échéance de 2030 a également été abordée lors de son intervention. Moulay Hafid Elalamy y voit une occasion de poursuivre les transformations engagées au Maroc. Il a notamment cité les changements observés dans plusieurs villes du Royaume, dont Casablanca, pour évoquer la dynamique des projets en cours.
À ses yeux, les prochaines années nécessiteront une mobilisation des pouvoirs publics et des acteurs privés face aux mutations technologiques, aux tensions internationales et aux impératifs de développement.
Le message adressé au gouvernement El Mansouri repose ainsi sur une double exigence. Moulay Hafid Elalamy souhaite que les entreprises participent à la réussite de l’action publique, tout en conservant leur liberté d’interpellation lorsque les décisions prises ne répondent pas aux besoins du terrain.


