OCP-Koch : l’UE valide le rachat de 50 % de JFC1

Le groupe OCP poursuit son partenariat industriel avec l’américain Koch. La Commission européenne a donné son feu vert à l’acquisition par ce dernier de 50 % du capital de Jorf Fertilizers Company I (JFC1), une filiale d’OCP Nutricrops implantée dans le complexe industriel de Jorf Lasfar. L’opération permettra aux deux groupes de partager le contrôle d’une unité capable de produire 1,2 million de tonnes d’engrais phosphatés par an.

La décision, rendue le 30 octobre 2026, intervient après l’examen du dossier par les autorités européennes de la concurrence. Bruxelles a estimé que le rapprochement ne présentait pas de risque significatif pour le marché européen, les activités de la future entreprise commune dans l’Espace économique européen étant jugées négligeables.

Cette autorisation ne signifie toutefois pas que Koch est déjà entré au capital de JFC1. La finalisation de la transaction, annoncée le 17 juillet dernier, dépend encore de plusieurs formalités juridiques et contractuelles. Aucun montant n’a été communiqué concernant le prix d’acquisition, la valorisation de l’entreprise ou les modalités de financement.

Mise en service en avril 2015, JFC1 transforme les ressources phosphatées en engrais destinés aux marchés agricoles internationaux. Ses installations produisent notamment de l’acide sulfurique et de l’acide phosphorique, utilisé dans la fabrication d’engrais tels que le phosphate diammonique (DAP) et le phosphate monoammonique (MAP).

L’activité commerciale de la société a fortement progressé en 2025. Ses ventes d’engrais ont atteint 857 600 tonnes, contre 291 000 tonnes un an auparavant, soit une hausse proche de 195 %. En 2023, elles ne représentaient encore que 14 000 tonnes. Ces volumes correspondent aux ventes comptabilisées par JFC1 et ne doivent pas être assimilés à sa production annuelle.

L’arrivée annoncée de Koch intervient également dans un contexte de réorganisation du capital de la société marocaine. Une assemblée générale extraordinaire tenue le 21 septembre a autorisé une éventuelle opération de rachat et d’annulation portant sur 27,5 millions d’actions d’une valeur nominale de 100 dirhams chacune.

Si cette opération est intégralement réalisée, le capital de JFC1 pourrait être ramené de 3,25 milliards à 500 millions de dirhams, soit une diminution maximale de 2,75 milliards de dirhams. Cette modification reste soumise aux procédures légales applicables. Aucun document disponible n’établit de lien entre cette réduction envisagée et le montant que Koch devra verser pour sa participation.

Pour les deux partenaires, il s’agirait d’une deuxième entreprise commune à Jorf Lasfar. En juin 2022, Koch avait déjà acquis la moitié du capital de Jorf Fertilizers Company III, devenue depuis Kofert. Cette unité dispose d’une capacité annuelle d’environ 1,3 million de tonnes d’engrais phosphatés.

Kofert a commercialisé 1,16 million de tonnes en 2025, contre 950 000 tonnes en 2024. En ajoutant les ventes de JFC1, les deux installations ont écoulé un peu plus de 2 millions de tonnes d’engrais l’année dernière.

Une fois la nouvelle acquisition finalisée, OCP et Koch détiendront conjointement deux unités industrielles représentant une capacité cumulée de 2,5 millions de tonnes par an. Ce chiffre correspond à leur potentiel de production et non à un objectif contractuel de ventes ou d’exportations.

Le marché nord-américain occupe une place importante dans ce rapprochement. Koch Ag & Energy Solutions, filiale du conglomérat américain Koch Inc., dispose notamment d’activités de production, de commercialisation et de distribution d’engrais. Son réseau pourrait contribuer à renforcer la présence des produits issus de Jorf Lasfar auprès des agriculteurs américains.

Cette perspective intervient alors que les États-Unis ont temporairement assoupli les conditions d’importation de certains engrais phosphatés marocains. Le 29 juin 2026, le président Donald Trump a autorisé la suspension, pour une durée maximale de huit mois, de certains droits compensateurs appliqués depuis 2021.

La mesure répond, selon la Maison-Blanche, à des tensions sur l’approvisionnement américain en engrais phosphatés. Elle ne constitue pas une suppression définitive des droits concernés et peut prendre fin avant l’expiration du délai prévu.

Les deux groupes avaient évoqué cette évolution réglementaire lors de l’annonce de leur accord en juillet. Aucun élément ne permet cependant d’établir un lien direct entre la décision américaine et la transaction portant sur JFC1.

En 2025, OCP avait vendu environ 858 000 tonnes d’engrais en Amérique du Nord, contre 1,02 million de tonnes en 2024. La région représentait alors 6,6 % de ses ventes totales d’engrais, après 8,3 % l’année précédente.

Le groupe marocain a également repris certaines expéditions vers les États-Unis. En août dernier, sa filiale OCP North America a annoncé l’arrivée au port de La Nouvelle-Orléans d’une cargaison d’environ 54 000 tonnes de superphosphate triple en provenance du Maroc, après obtention des clarifications douanières nécessaires.

Sur le plan réglementaire, le projet d’acquisition de JFC1 a aussi obtenu l’accord des autorités ukrainiennes. Le comité antimonopole du pays a autorisé, le 29 octobre, la prise de contrôle conjointe de l’entreprise par KAES Phosphate Holdings et OCP Nutricrops, soit la veille de la décision européenne.

L’Ukraine avait par ailleurs sanctionné, le 20 octobre, deux sociétés du groupe Koch pour une infraction distincte liée à l’acquisition de Kofert en 2022. Les amendes, fixées à 51 000 hryvnias pour chacune des deux entités, ne concernent pas la transaction actuellement envisagée sur JFC1.

Avec ces autorisations, Koch se rapproche d’une deuxième participation industrielle majeure aux côtés d’OCP à Jorf Lasfar. Le passage effectif à un actionnariat partagé à parts égales reste néanmoins conditionné à l’achèvement des dernières étapes de la transaction.

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