Patrick Drahi acte la vente de SFR à ses trois rivaux

Patrick Drahi tourne une page centrale de son empire télécoms. Le propriétaire d’Altice France a signé avec Bouygues Telecom, Free-Groupe iliad et Orange un protocole d’accord en vue de la cession de SFR, sur la base d’une valeur d’entreprise de 20,35 milliards d’euros. L’opération, si elle obtient le feu vert des autorités compétentes, ouvrirait la voie au démantèlement de l’opérateur au carré rouge et ramènerait le marché français de quatre à trois grands réseaux mobiles.

Pour Patrick Drahi, cette vente marque l’aboutissement de plusieurs mois de négociations avec ses trois principaux concurrents. Bouygues Telecom, Free et Orange avaient relevé leur offre en avril, avant d’obtenir une période d’exclusivité pour finaliser les termes de l’opération. Le protocole signé le 6 juin constitue une étape décisive, mais pas encore un closing. La documentation juridique définitive est attendue au second semestre 2026, tandis que la réalisation de la transaction pourrait intervenir au second semestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires et de concurrence.

Le montage retenu confirme une vente à la découpe. Bouygues Telecom prendrait la part la plus importante, avec environ 42 % du prix, contre 31 % pour Free-Groupe iliad et 27 % pour Orange. Cette répartition pourrait encore évoluer d’ici la finalisation de l’opération, en fonction de l’évolution des bases clients.

Bouygues Telecom récupérerait notamment SFR Business, une partie des clients grand public de SFR, Prixtel, ainsi que plusieurs actifs de réseau. Free reprendrait l’ensemble de la base clients RED by SFR, une partie de la clientèle grand public et les clients TPE sous marque SFR. Orange mettrait la main sur une autre partie des clients grand public ainsi que sur les MVNO Réglo, Syma et Coriolis. Les fréquences seraient, elles, réparties entre les trois opérateurs.

La marque SFR est donc appelée à changer profondément de statut, voire à disparaître à terme, si l’opération va jusqu’au bout. L’opérateur revendique plus de 25 millions de clients grand public, entreprises, collectivités et opérateurs. Il a réalisé 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, selon les éléments communiqués dans le cadre de l’accord.

Le sujet social reste le point le plus sensible. Le consortium affirme garantir un emploi à l’ensemble des salariés du périmètre repris jusqu’à début 2029, par la poursuite de leur emploi ou une proposition de poste. Les trois opérateurs annoncent également l’ouverture d’un dialogue social avec les organisations syndicales représentatives de SFR.

Ces engagements n’effacent pas les inquiétudes. Le démantèlement d’un opérateur de cette taille implique une migration de millions d’abonnés, d’infrastructures, de systèmes informatiques et d’équipes. Une partie des actifs non repris immédiatement resterait gérée au sein de SFR SA pendant une phase transitoire d’au moins 30 mois, afin d’assurer la continuité des opérations.

Au-delà du cas Drahi, c’est tout l’équilibre du marché français des télécoms qui se joue. Le passage de quatre à trois opérateurs renforcerait les acteurs restants, mais il sera examiné de près par les autorités de concurrence. Reuters souligne que l’opération constituerait l’un des plus grands deals télécoms européens récents et un test important pour les régulateurs face à la consolidation du secteur.

Pour Patrick Drahi, l’accord offre une sortie industrielle majeure sur l’actif le plus emblématique d’Altice France. Pour Bouygues Telecom, Free et Orange, il ouvre la perspective d’un marché moins fragmenté. Pour les salariés de SFR, il inaugure surtout une période d’incertitude, malgré les garanties affichées par les repreneurs.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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