Accueil Maroc Pharmacies, carburants, numérique… : Rahhou décrypte les marchés sensibles

Pharmacies, carburants, numérique… : Rahhou décrypte les marchés sensibles

Pharmacies, carburants, numérique... : Rahhou décrypte les marchés sensibles

Le président du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, est revenu sur plusieurs dossiers économiques qui alimentent le débat public, à l’occasion de son passage dans l’émission « Nabd Al Omk » diffusée le 6 mars. Pendant plus d’une heure, il a détaillé les mécanismes qui structurent certains marchés sensibles, évoquant tour à tour les prix des carburants, les tensions dans le secteur pharmaceutique, les sanctions infligées aux compagnies pétrolières ou encore les enquêtes ouvertes dans plusieurs filières de l’économie nationale.

Dès le début de l’entretien, Ahmed Rahhou a tenu à préciser le rôle du Conseil de la concurrence. L’institution ne suit pas l’évolution quotidienne des prix. Cette mission relève des autorités gouvernementales chargées de la surveillance des marchés. Le Conseil intervient plutôt dans une logique d’enquête lorsque des indices laissent supposer l’existence d’ententes entre opérateurs ou de pratiques susceptibles de fausser la concurrence. Son travail consiste alors à analyser les causes d’une hausse durable des prix et à vérifier si le fonctionnement du marché respecte les règles de concurrence.

Une part importante de l’échange a été consacrée au secteur pharmaceutique. Ahmed Rahhou estime que ce marché traverse aujourd’hui des déséquilibres structurels. Le Maroc compte près de 14 000 pharmacies, un niveau qu’il juge élevé au regard des standards internationaux. Chaque année, près de 900 nouveaux pharmaciens arrivent sur le marché, ce qui accentue la pression économique sur les officines existantes. Selon les estimations évoquées par le président du Conseil, environ 4 000 pharmaciens rencontreraient déjà des difficultés financières.

Face à cette situation, le Conseil de la concurrence a recommandé l’ouverture du capital des pharmacies afin d’encourager l’arrivée de nouveaux investisseurs et l’émergence de modèles économiques plus solides. Ahmed Rahhou estime également que les officines pourraient diversifier leurs activités. Dans plusieurs pays, une part importante du chiffre d’affaires des pharmacies provient de produits de parapharmacie, de nutrition ou d’articles liés au bien-être, alors qu’au Maroc l’activité reste largement concentrée sur la distribution de médicaments.

Le président du Conseil rappelle toutefois que les pharmaciens ne fixent pas eux-mêmes les prix des médicaments. Ceux-ci sont déterminés par l’État lors de l’autorisation de mise sur le marché. Une révision périodique des tarifs est prévue par la réglementation, mais elle n’a pas toujours été appliquée régulièrement. Une réforme pourrait réduire l’intervalle de révision à trois ans afin de mieux suivre l’évolution du marché.

Ahmed Rahhou est également revenu sur les perquisitions récemment menées dans le secteur des dispositifs médicaux. Ces opérations ont été autorisées par le parquet sur la base d’indices jugés suffisamment sérieux pour justifier l’ouverture d’investigations. Les procédures restent cependant couvertes par le secret de l’enquête et aucune conclusion ne peut être tirée à ce stade.

La question des carburants a occupé une place centrale dans l’entretien. Ahmed Rahhou rappelle que le Maroc dépend entièrement des marchés internationaux pour son approvisionnement en essence et en gasoil. Les prix sur le marché national restent donc étroitement liés aux fluctuations observées à l’échelle mondiale. Le Conseil de la concurrence examine toutefois l’évolution des marges pratiquées par les opérateurs afin de vérifier si les variations de prix sont cohérentes avec celles du marché international.

L’institution avait déjà relevé en 2022 un décalage entre la rapidité des hausses et celle des baisses des prix. Les augmentations se répercutaient plus vite que les diminutions. Selon Ahmed Rahhou, les analyses menées ces deux dernières années montrent que les ajustements observés au Maroc se rapprochent désormais davantage des tendances internationales.

Le président du Conseil est également revenu sur les sanctions prononcées contre les compagnies pétrolières. La loi prévoit que les amendes peuvent atteindre jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires des entreprises concernées. Dans ce dossier, la sanction représente environ les deux tiers des bénéfices annuels réalisés par les sociétés impliquées, un niveau qu’il juge particulièrement élevé au regard des standards internationaux.

Ahmed Rahhou a aussi expliqué pourquoi l’institution privilégie parfois une procédure transactionnelle plutôt qu’un contentieux judiciaire. Les procédures devant les tribunaux peuvent durer plusieurs années en raison de la complexité des dossiers économiques. La conciliation permet parfois d’obtenir plus rapidement des engagements des entreprises afin de corriger certaines pratiques et rétablir des conditions de concurrence équilibrées.

Interrogé sur la fermeture de la raffinerie Samir, il estime que la question doit être analysée avant tout sous un angle économique. Selon lui, l’existence d’une activité de raffinage sur le territoire national ne détermine pas directement le prix des carburants pour le consommateur, les produits pétroliers étant échangés sur des marchés internationaux. La disparition de la raffinerie s’est par ailleurs accompagnée d’un passif financier d’environ 40 milliards de dirhams.

Au-delà de ces dossiers, le Conseil de la concurrence poursuit plusieurs enquêtes dans d’autres secteurs. Ahmed Rahhou évoque notamment des investigations dans le marché de la banane, où des soupçons d’entente sur les prix ou les volumes ont conduit à l’ouverture d’une enquête. L’institution travaille également avec les autorités pour améliorer la transparence dans les marchés de gros du poisson.

Le Conseil est aussi intervenu dans le dossier de la plateforme de livraison Glovo. Dans ce cas, l’institution a choisi d’obtenir des engagements visant à améliorer la situation des livreurs, notamment à travers la mise en place d’un revenu minimal permettant d’atteindre un niveau de rémunération supérieur d’environ 20 % au salaire minimum.

Le secteur du ciment fait également l’objet d’un suivi particulier en raison de sa forte concentration. Les entreprises opérant sur ce marché se sont engagées à ne pas augmenter leurs prix jusqu’à la fin de l’année 2027, sauf en cas de hausse exceptionnelle et durable du coût de l’énergie.

Pour Ahmed Rahhou, la régulation économique doit avant tout garantir le bon fonctionnement de la concurrence. Il se montre réservé face à l’idée d’un retour au plafonnement administratif des prix. Selon lui, la limitation artificielle des prix peut entraîner des pénuries ou une baisse de la qualité de l’offre. La protection du consommateur passe d’abord par des marchés ouverts et transparents où la concurrence peut pleinement jouer son rôle.

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