A l’heure de la Coupe du monde 2026, le football marocain accélère sa transformation technologique. La Fédération Royale Marocaine de Football mise désormais sur la data, l’intelligence artificielle et les outils de suivi avancés pour renforcer la détection, l’analyse de la performance et la gestion des joueurs.
Cette évolution a pris une dimension plus visible en mai 2026, avec l’annonce d’un partenariat entre la FRMF et Google Gemini, devenu sponsor officiel en intelligence artificielle de l’équipe nationale dans le cadre de sa préparation au Mondial. L’objectif affiché est d’intégrer les outils d’IA dans l’écosystème du football marocain, de l’analyse des performances à la compréhension tactique, en passant par le traitement des données et la production de contenus.
La démarche ne se limite toutefois pas à ce partenariat. Selon le document, la FRMF a engagé depuis plusieurs années un chantier plus large de modernisation de ses infrastructures technologiques, avec un investissement de 37 millions de dirhams mentionné en janvier. L’enjeu est de dépasser le modèle traditionnel du recrutement fondé uniquement sur l’observation humaine et les rapports de terrain.
Une cellule digitale centralise désormais les informations issues des réseaux de détection au Maroc et à l’étranger. Données physiques, médicales, techniques et vidéos sont regroupées pour suivre l’évolution des joueurs sur le long terme. Pour une sélection qui doit aussi convaincre des talents binationaux évoluant notamment en France, en Belgique, en Espagne ou aux Pays-Bas, la rapidité d’identification et la qualité de l’information deviennent stratégiques.
Au cœur du dispositif figure Myteam, une plateforme pensée pour offrir une vision à 360 degrés des joueurs. Elle centralise les données administratives, sportives, médicales et vidéo dans une base unique accessible aux différents staffs. Cette architecture permet à la FRMF de suivre plus finement les profils, d’anticiper leur progression et de mieux structurer la relation avec les talents marocains, où qu’ils évoluent.
La performance est également concernée. À travers EvoSport, programme d’innovation développé autour de l’Université Mohammed VI Polytechnique, le football marocain explore l’usage des capteurs GPS, des caméras intelligentes et des outils de mesure de charge physique. Le dispositif suivrait plus de 600 joueurs dans 45 pays, avec l’objectif de mieux comprendre les mécanismes de performance, de prévenir les blessures et d’optimiser la progression.
Cette nouvelle approche se retrouve dans la gestion des cadres de la sélection. Achraf Hakimi, l’un des joueurs les plus sollicités du football mondial, fait l’objet d’un suivi précis de sa charge physique, de ses accélérations et de ses temps de jeu. Brahim Diaz illustre une autre dimension de cette mutation, avec un profil offensif que l’analyse vidéo et les données de performance permettent de lire plus finement.
À plus long terme, cette stratégie prend une portée particulière avec le Mondial 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal. Le Royaume ne cherche plus seulement à faire émerger des talents capables de briller au plus haut niveau. Il construit progressivement un système de détection, de formation et de suivi appuyé sur la technologie.
Dans cette nouvelle phase, l’œil du recruteur reste essentiel. Mais il s’appuie désormais sur des outils capables de capter ce que l’intuition seule ne suffit plus toujours à voir.

