Réparation navale : le Maroc veut retenir les navires au lieu de les voir passer

À l’entrée de la Méditerranée, le détroit de Gibraltar voit passer chaque jour des centaines de porte-conteneurs, pétroliers et vraquiers. Cette route, parmi les plus denses de la planète, longe les côtes marocaines sans que le Royaume n’en tire longtemps profit sur le plan industriel. Les escales techniques se décidaient ailleurs. Pour un arrêt en cale sèche ou une opération de maintenance lourde, les armateurs privilégiaient les installations espagnoles ou françaises.

Cette situation évolue. Le Maroc investit désormais pour structurer une filière de réparation navale capable de rivaliser avec les chantiers européens. L’argument central repose sur la localisation. Les navires n’ont plus à modifier leur trajectoire pour rejoindre un dock éloigné. Ils peuvent effectuer leurs travaux sur un port situé directement sur l’axe Atlantique Méditerranée, puis reprendre leur route dans des délais resserrés. Pour les compagnies maritimes, réduire l’immobilisation d’un bâtiment représente un gain immédiat.

La compétitivité passe aussi par les coûts. Dans les bassins opérés par les Chantiers et Ateliers du Maroc, les équipes disposent d’un savoir-faire reconnu. La différence se mesure surtout sur la facture finale. Les charges de main-d’œuvre restent inférieures de 30 à 40 pour cent à celles pratiquées dans plusieurs ports du sud de l’Europe. Dans un secteur où la maîtrise des dépenses techniques conditionne la rentabilité des lignes, cet écart pèse lourd.

Pour l’heure, les infrastructures marocaines traitent principalement des navires de gabarit intermédiaire. Les autorités affichent cependant l’ambition d’augmenter les capacités afin d’accueillir des unités plus importantes. L’enjeu ne se limite pas aux contrats de maintenance. Il s’agit de retenir sur place une part plus large de la valeur générée par le trafic maritime, de développer des métiers techniques spécialisés et de renforcer la base industrielle nationale.

 

Les grands chantiers de Cadix et de Marseille conservent un avantage sur les plus imposants bâtiments. Sur le segment médian en revanche, la concurrence est désormais réelle. En dotant ses ports d’outils industriels adaptés, le Maroc cherche à dépasser son rôle de simple corridor maritime pour s’imposer comme une plateforme de services techniques au cœur des échanges internationaux.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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