Risque pays : le Maroc conserve la meilleure évaluation d’Afrique du Nord

Le Maroc confirme sa position de première économie d’Afrique du Nord en matière d’évaluation du risque pays. Dans son dernier baromètre, l’assureur-crédit Coface maintient le Royaume au premier rang régional, malgré un environnement international fragilisé par les tensions géopolitiques, la hausse des matières premières et le renchérissement du financement.

Le Royaume conserve sa notation « B » pour le risque pays, correspondant à un niveau de risque intermédiaire, ainsi que la note « A4 » pour son environnement des affaires, considéré comme présentant un risque raisonnable. Ces évaluations le placent devant les autres économies nord-africaines examinées par Coface.

Cette position repose notamment sur la capacité du Maroc à attirer les visiteurs internationaux et les capitaux étrangers. La résistance de la consommation intérieure constitue un autre facteur favorable relevé par l’assureur-crédit.

L’économie marocaine n’échappe toutefois pas aux difficultés rencontrées par plusieurs secteurs industriels. La chimie, l’électronique et l’habillement subissent les effets de l’augmentation du coût des intrants et de leur dépendance à l’évolution de la demande européenne.

À l’échelle régionale, les écarts restent marqués. L’Égypte et la Tunisie sont particulièrement exposées à la hausse des dépenses énergétiques et alimentaires, tandis que les tensions internationales pèsent également sur les flux touristiques.

Ces deux pays, de même que l’Algérie, ont adopté des mesures de contrôle des importations pour soutenir leur production nationale et limiter les pressions sur leurs réserves de change.

Dans le classement de Coface, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte et la Mauritanie présentent des niveaux de risque élevés. La Libye se situe dans une catégorie encore plus défavorable, avec un risque qualifié d’extrême.

Le maintien de la position marocaine intervient dans une conjoncture mondiale particulièrement tendue. Après une période d’apaisement au début de l’été, le conflit au Moyen-Orient a repris à la mi-juillet, entraînant une nouvelle flambée des cours de l’énergie.

Selon Coface, les prix du pétrole ont progressé de plus de 50 %, tandis que ceux du gaz naturel ont presque doublé. En septembre, le baril de pétrole a de nouveau dépassé les 100 dollars.

Les marchés agricoles ont également subi d’importantes perturbations. Le blé a enregistré une hausse de 40 % sur un an, dans un contexte marqué par les attaques contre les installations céréalières de la mer Noire et par les fortes chaleurs observées en Europe.

Ces évolutions ont accentué les inquiétudes concernant l’inflation et conduit plusieurs banques centrales à resserrer leurs politiques monétaires. La Réserve fédérale américaine a ainsi augmenté ses taux de 25 points de base, après une décision similaire de la Banque centrale européenne.

Parallèlement, le dollar s’est apprécié de plus de 6 % depuis son niveau le plus bas atteint à la mi-janvier. Les taux d’intérêt à long terme ont, de leur côté, gagné plus de 100 points de base depuis la fin février dans la plupart des grandes zones monétaires.

Malgré ces pressions, l’activité économique mondiale continue de bénéficier des investissements dans l’intelligence artificielle et des effets patrimoniaux qui leur sont associés. Coface prévoit néanmoins une croissance de 2,5 % en 2026, après 2,8 % en 2025, puis une légère remontée à 2,6 % en 2027.

L’assureur estime que les conséquences du conflit au Moyen-Orient pourraient amputer la croissance mondiale cumulée de 0,5 point sur les années 2026 et 2027.

Jean-Christophe Caffet, économiste en chef de Coface, alerte notamment sur le risque d’une nouvelle accélération de l’inflation à l’échelle internationale, susceptible d’accentuer les difficultés des États et des entreprises les plus vulnérables.

Sur le continent africain, les perspectives demeurent contrastées. L’Afrique subsaharienne a relativement résisté aux conséquences du conflit durant les six premiers mois de 2026, ce qui conduit Coface à retenir une appréciation de l’année plus favorable qu’initialement envisagé.

Les inquiétudes portent davantage sur 2027. Les perturbations climatiques associées au phénomène El Niño pourraient entraîner une nouvelle augmentation des prix agricoles, à laquelle s’ajouteraient les tensions persistantes sur les marchés énergétiques.

Une dégradation de la confiance des investisseurs pourrait également provoquer des sorties de capitaux, affaiblir les monnaies locales et aggraver les besoins de financement. Dans cette région, une majorité de pays restent exposés à des risques d’impayés élevés ou extrêmes pour les entreprises.

Le dernier baromètre de Coface fait aussi apparaître plusieurs changements de notation au Moyen-Orient. L’Arabie saoudite et le Qatar passent de « A3 » à « A4 », tandis que les Émirats arabes unis reculent de « A2 » à « A3 ». Ces révisions tiennent notamment compte des risques liés à leur exposition au détroit d’Ormuz.

À l’inverse, les évaluations des Bahamas, du Salvador, du Monténégro et de la Zambie ont été améliorées.

L’assureur-crédit a également revu ses appréciations sectorielles, avec douze dégradations et huit améliorations. L’agroalimentaire figure parmi les activités les plus touchées, notamment en France, en Autriche et en Pologne, après les épisodes climatiques extrêmes de l’été.

Dans cet environnement, le Maroc préserve donc son avance régionale selon les critères de Coface. La stabilité de ses évaluations, son attractivité auprès des investisseurs et des touristes ainsi que le soutien de la demande intérieure lui permettent de conserver une position plus favorable que celle de ses voisins nord-africains, même si certaines branches industrielles restent exposées aux turbulences extérieures.

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