La décision des autorités espagnoles de renvoyer vers le Maroc plusieurs demandeurs d’asile originaires d’Afrique et d’Asie provoque la colère des organisations de défense des droits humains. Alors que Madrid assure avoir respecté les procédures légales, les associations dénoncent les conditions de ces expulsions et mettent en cause les contradictions du gouvernement de Pedro Sánchez en matière de politique migratoire.
Plus d’une douzaine de ressortissants étrangers, dont les demandes de protection avaient été rejetées, ont été transférés de Sebta vers le territoire marocain. Il s’agit des premiers renvois de cette nature depuis les arrivées massives enregistrées à la frontière en juillet dernier.
Le ministère espagnol de l’Intérieur a confirmé l’opération, précisant qu’elle avait été effectuée avec l’accord des autorités marocaines. Madrid n’a toutefois communiqué ni le nombre exact des personnes concernées ni leurs nationalités.
Des associations présentes à Sebta avancent, pour leur part, le chiffre de 16 expulsés, originaires du Sénégal, du Nigeria, du Yémen, du Cameroun et du Bangladesh.
Ces transferts suscitent des interrogations sur les garanties offertes aux personnes concernées et sur les conditions dans lesquelles leurs dossiers ont été examinés. Plusieurs organisations reprochent au gouvernement espagnol de ne pas avoir suffisamment pris en considération les risques auxquels pourraient être exposés les migrants après leur renvoi.
La critique est particulièrement vive chez Amnesty International. Virginia Alvarez, chercheuse au sein de l’organisation, accuse Madrid de tenir un discours progressiste sur la scène européenne sans assurer, selon elle, une protection effective des droits des migrants aux frontières de Sebta et Melilla.
L’organisation met également en cause la situation des droits humains au Maroc. Ces accusations interviennent pourtant dans le cadre d’une opération décidée par les autorités espagnoles, auxquelles revient la responsabilité d’examiner les demandes d’asile et de veiller au respect des garanties applicables aux procédures d’éloignement.
Le ministère espagnol de l’Intérieur a défendu la légalité de ces renvois. Son porte-parole a indiqué que le Maroc était considéré comme un pays sûr par l’Union européenne et assuré que les expulsions avaient été réalisées dans le respect des garanties requises. Il n’a cependant pas apporté de précisions supplémentaires sur les procédures suivies.
Le Maroc a, de son côté, accepté d’accueillir les personnes concernées, conformément aux informations communiquées par Madrid. L’Organisation internationale pour les migrations, qui travaille avec les autorités marocaines sur des programmes de retour volontaire, n’avait pas davantage réagi.
Cette affaire intervient dans un climat de fortes tensions autour de la gestion des arrivées à Sebta. En juillet, près de 80 000 personnes avaient franchi la frontière en l’espace de 48 heures. Si une grande partie d’entre elles avait quitté la ville dans les jours suivants, plusieurs milliers étaient restées sur place.
Les autorités espagnoles accueillent actuellement quelque 8 000 migrants dans des structures d’hébergement et poursuivent l’instruction des demandes d’asile déposées par la majorité des personnes demeurées à Sebta.
Le gouvernement de Pedro Sánchez fait parallèlement face à des pressions européennes et locales pour apporter une réponse à cette situation avant les élections prévues le 29 novembre.
La controverse ne se limite pas aux dernières expulsions. Plusieurs ONG, dont Amnesty International, ont saisi le médiateur espagnol au sujet des retours vers le Maroc enregistrés depuis la mi-août.
D’après les chiffres avancés par Madrid, plus de 13 000 personnes auraient regagné volontairement le territoire marocain pendant cette période. Les associations contestent toutefois le caractère librement consenti de certains départs et affirment que des ressortissants de pays tiers auraient également été concernés.
Ces accusations placent les autorités espagnoles devant la nécessité de préciser les conditions dans lesquelles les retours ont été organisés. Elles soulèvent notamment la question du consentement des migrants et des garanties individuelles dont ils ont bénéficié.
Pour Madrid, la coopération avec Rabat demeure un élément central de la gestion de cette situation migratoire. Les renvois récemment effectués illustrent cette coordination, mais alimentent également le débat sur les responsabilités de l’Espagne dans l’application de sa politique d’asile.
Les critiques formulées par les ONG portent ainsi sur des décisions prises par les autorités espagnoles, même si certaines associations expriment également des réserves concernant le traitement des migrants au Maroc. La question reste celle des garanties que Madrid doit assurer avant toute mesure d’éloignement, indépendamment de l’accord donné par le pays d’accueil.


