Le projet d’usine de Stellantis en Afrique du Sud reste en suspens. Le constructeur automobile doit décider dans les prochains mois de la suite à donner à cette implantation envisagée dans la province du Cap-Oriental, alors que ses sites marocain et turc figurent déjà parmi les plus compétitifs du groupe dans la région Moyen-Orient et Afrique.
Annoncée en 2023, l’usine devait voir le jour à Gqeberha, l’ancienne Port Elizabeth. Elle aurait constitué le premier site de production de Stellantis en Afrique du Sud, avec un lancement initial autour du pick-up Peugeot Landtrek. Le calendrier a toutefois été décalé. L’outil industriel imaginé au départ est désormais réexaminé afin de permettre la fabrication de plusieurs modèles, dans un marché où les équilibres ont changé.
Mike Whitfield, directeur général de Stellantis en Afrique du Sud, a indiqué mardi que le projet n’avait pas été abandonné, mais suspendu le temps d’en revoir les paramètres. Il s’exprimait lors d’une conférence consacrée au volet Moyen-Orient et Afrique de la stratégie mondiale de 60 milliards d’euros présentée par le groupe en mai.
Le marché sud-africain subit une pression croissante des constructeurs asiatiques, en particulier chinois, positionnés sur des véhicules à prix plus bas. Cette évolution pèse sur les choix industriels du groupe, dans un pays où la demande s’oriente davantage vers des modèles vendus sous la barre des 400 000 rands, soit près de 24 400 dollars.
Selon Mike Whitfield, la place des pick-up produits localement s’est aussi réduite. Il y a trois ans et demi, 94 pour cent des pick-up écoulés en Afrique étaient fabriqués sur le continent. Cette part serait désormais tombée autour de 70 pour cent.
Dans ce contexte, Stellantis cherche à ajuster son dispositif industriel et commercial. L’entreprise prévoit de clarifier dans les prochains mois les prochaines étapes du projet sud-africain. Interrogé sur une éventuelle ouverture du futur site à des partenaires chinois, Mike Whitfield a indiqué que la priorité restait pour l’heure centrée sur les besoins propres du groupe.
Le constructeur entend néanmoins accroître ses importations vers l’Afrique du Sud depuis l’Asie, y compris depuis la Chine. Mike Whitfield a reconnu la compétitivité acquise par les industriels chinois, estimant que Stellantis devait s’approvisionner avec un niveau de performance comparable pour rester dans la course.
Cette réflexion met en relief la position déjà acquise par le Maroc dans l’organisation régionale de Stellantis. Dans la région Moyen-Orient et Afrique, les usines marocaines et turques comptent parmi les plus compétitives du groupe, a rappelé Samir Cherfan, directeur des opérations pour cette zone.
Stellantis voit encore des relais de croissance plus au sud du continent. Le groupe compte y compléter sa production locale et son offre régionale avec des SUV et des pick-up sourcés en Asie à des niveaux de coûts de référence. Dans cette recomposition, le Maroc apparaît comme l’un des piliers industriels déjà installés de Stellantis dans la région, au moment où le projet sud-africain reste soumis à de nouveaux arbitrages.

