TAQA Morocco : quand Jorf Lasfar ne suffit plus…

Adossé à la centrale de Jorf Lasfar, TAQA Morocco a longtemps incarné un modèle simple et puissant. Un site unique, six unités, 2 056 mégawatts installés et une production annuelle de 14 487 GWh. Cette base industrielle continue d’assurer une part significative de l’électricité du pays, avec des performances classées parmi les meilleures au niveau international .

Ce socle n’est plus une finalité. Le groupe engage une bascule d’échelle avec une trajectoire qui vise plus de 8 gigawatts de capacité installée à horizon 2030, soit près de quatre fois son niveau actuel. Pour y parvenir, un programme d’investissement de plus de 130 milliards de dirhams est en cours de structuration, combinant énergies renouvelables, infrastructures électriques et capacités liées à l’eau .

La diversification ne relève plus de l’intention. Elle s’appuie sur un portefeuille de projets déjà identifiés. À terme, le groupe prévoit jusqu’à 4 800 mégawatts en éolien et solaire, auxquels s’ajoutent environ 1 800 mégawatts de centrales à gaz à cycle combiné. Le dispositif inclut également des infrastructures lourdes, avec un réseau de transport d’électricité de 2 800 kilomètres capable d’acheminer jusqu’à 3 000 mégawatts .

L’eau devient un pilier à part entière de ce modèle. TAQA Morocco vise le développement de capacités de dessalement atteignant 900 millions de mètres cubes par an dans une première phase, avec une perspective de montée à 1,8 milliard de mètres cubes. Ce volet s’accompagne d’un réseau de transfert d’eau estimé à 1,2 milliard de mètres cubes par an, traduisant un changement de dimension dans l’intégration des ressources hydriques .

Cette transformation industrielle s’opère sans rupture avec l’existant. La centrale de Jorf Lasfar reste le socle du dispositif, garantissant une production pilotable et stable. Le groupe mise sur cette base pour financer et sécuriser son expansion, tout en cherchant à réduire de 25 pour cent son intensité carbone d’ici 2030 .

Le changement se lit aussi dans l’organisation. Quatre nouvelles filiales ont été créées pour porter les futurs projets, tandis que les équipes sont mobilisées autour d’une montée en compétences massive, avec plus de 23 700 heures de formation recensées en 2025. L’entreprise compte 406 collaborateurs, appelés à opérer un portefeuille d’actifs bien plus diversifié que par le passé .

Derrière ces chiffres, un repositionnement se dessine. TAQA Morocco ne cherche plus seulement à produire de l’électricité. Le groupe se place désormais au croisement de deux contraintes majeures, l’énergie et l’eau, avec une logique d’infrastructures intégrées. Ce déplacement stratégique accompagne une évolution plus large du modèle énergétique national, où la question des ressources devient indissociable de celle de la production.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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