Les tensions militaires entre les États-Unis, Israël et l’Iran replacent brutalement l’énergie au centre des inquiétudes économiques mondiales. Selon une analyse publiée par Coface le 9 mars 2026, cette escalade fait grimper la nervosité des marchés pétroliers et ravive la crainte d’une perturbation majeure des flux énergétiques, même si aucune rupture d’approvisionnement n’a encore été constatée.
Lundi matin, les marchés ont réagi immédiatement aux frappes menées en Iran. Le prix du Brent s’est envolé de plus de 10 pour cent dès l’ouverture des échanges. Cette hausse reflète avant tout l’augmentation de la prime de risque géopolitique, davantage que des perturbations concrètes de l’offre à ce stade. Avant l’escalade, le marché pétrolier évoluait pourtant dans un contexte d’abondance relative, avec une production importante des pays hors OPEP+ et une reconstitution rapide des stocks qui maintenaient les prix sous pression autour de 68 dollars le baril en moyenne en 2025.
Le principal point de tension reste le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour l’approvisionnement énergétique mondial. Environ 20 pour cent du pétrole consommé sur la planète et près de 30 pour cent du commerce maritime de brut transitent par cette voie maritime étroite située entre l’Iran et la péninsule Arabique. Une perturbation durable de ce corridor pourrait bouleverser l’équilibre du marché pétrolier et faire franchir au Brent la barre des trois chiffres, voire dépasser le record historique de 147 dollars le baril atteint en 2008.
Même si l’Iran n’est pas le premier producteur du Moyen-Orient, son rôle reste déterminant pour les marchés. Le pays produit plus de trois millions de barils par jour et en exporte près de deux millions, principalement vers la Chine. Une interruption de ces flux obligerait les importateurs, en particulier en Asie, à se tourner vers des fournisseurs alternatifs plus coûteux, accentuant la pression sur les prix.
Les risques ne se limitent pas à l’offre iranienne. Une extension du conflit pourrait viser des infrastructures pétrolières d’autres pays du Golfe, ce qui amplifierait les tensions sur les marchés. Les capacités de réserve de l’OPEP+ restent limitées et concentrées, autour de quatre à cinq millions de barils par jour. D’autres points de passage stratégiques du commerce maritime, comme Bab el Mandeb ou le canal de Suez, pourraient également être affectés en cas d’escalade régionale.
Les répercussions potentielles dépassent largement le seul marché pétrolier. Le détroit d’Ormuz joue aussi un rôle central dans le transport de gaz naturel liquéfié, d’engrais, de métaux industriels et de produits pétrochimiques. Certaines compagnies maritimes ont déjà commencé à modifier leurs itinéraires, contournant la région par le cap de Bonne Espérance. Ces détours rallongent les trajets de plusieurs jours et renchérissent les coûts logistiques.
À plus long terme, un baril durablement au-dessus de 100 dollars pourrait provoquer un choc macroéconomique mondial. Une hausse prolongée de 15 dollars du Brent serait susceptible de réduire la croissance mondiale d’environ 0,2 point et d’ajouter près de 0,5 point d’inflation. Dans un tel scénario, les banques centrales pourraient être contraintes d’abandonner leurs politiques d’assouplissement monétaire et de revenir à un resserrement, ravivant le risque d’une période de stagflation combinant inflation élevée et croissance faible.




