Le Maroc retrouve une place particulière dans l’actualité du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, trois ans après avoir accueilli leurs assemblées annuelles à Marrakech en octobre 2023. Cette année, les deux institutions se réunissent à Bangkok, en Thaïlande, dans un climat économique international marqué par la guerre au Moyen-Orient, les tensions sur les marchés énergétiques et l’aggravation de l’endettement public.
La capitale thaïlandaise doit recevoir près de 18 000 participants, selon Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI. Ce chiffre dépasse de 4 000 personnes celui enregistré lors du précédent rendez-vous organisé en dehors de Washington, au Maroc. Marrakech reste ainsi la dernière ville à avoir accueilli ces grandes réunions internationales avant Bangkok.
Les discussions de cette édition devraient être largement consacrées aux conséquences économiques du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, entré dans son huitième mois. La perturbation des approvisionnements énergétiques, la remontée des taux d’intérêt et les pressions inflationnistes compliquent les perspectives d’une économie mondiale dont la croissance demeure modérée.
La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran a notamment interrompu le passage d’environ 20 % de l’approvisionnement pétrolier mondial. Malgré une résistance de l’activité économique supérieure aux premières anticipations, le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, estime que plusieurs facteurs de fragilité s’accumulent.
La hausse des prix du diesel et des engrais s’ajoute aux risques climatiques associés à un éventuel épisode de « super El Niño ». Selon les experts cités, ce phénomène pourrait provoquer jusqu’à 450 000 décès liés à la chaleur.
Pour tenter de contenir les tensions sur les marchés pétroliers, les pays du G7 ont accepté de mobiliser 100 millions de barils de brut et de diesel provenant de leurs réserves d’urgence. Cette décision intervient sous la pression du président américain Donald Trump, soucieux de réduire les prix des carburants avant les élections de novembre.
Depuis le déclenchement de la guerre, le 28 février, plus d’un milliard de barils ont été mis sur le marché, principalement à partir de stocks commerciaux terrestres. Les professionnels du secteur alertent toutefois sur la diminution des volumes encore disponibles, susceptible d’accentuer l’instabilité des cours.
À ces difficultés s’ajoute la progression de la dette publique mondiale. Le FMI estime que son niveau est désormais le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale et qu’il pourrait dépasser 100 % du produit intérieur brut mondial avant 2030.
Les économies émergentes et les pays à faible revenu apparaissent particulièrement exposés. Leur dette extérieure devrait entraîner 400 milliards de dollars de remboursements en 2026, tandis que les intérêts absorbent déjà, en moyenne, plus de 10 % de leurs recettes.
Cette situation ravive les inquiétudes concernant les conditions d’accès aux financements internationaux. Plusieurs pays redoutent que les nouvelles orientations du FMI, privilégiant des réformes moins nombreuses mais plus profondes, ne se traduisent par un durcissement des politiques budgétaires.
Iolanda Fresnillo, spécialiste des questions d’endettement au sein d’Eurodad, met en garde contre les conséquences sociales de ces exigences. Elle cite notamment le Kenya, où les mesures de réduction des dépenses publiques et les projets d’augmentation des impôts ont provoqué d’importantes manifestations.
Le contexte international pèse également sur la participation aux assemblées de Bangkok. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, ne fera pas le déplacement et sera représenté par deux hauts responsables. D’autres ministres des Finances seront absents en raison de contraintes politiques et budgétaires nationales.
Le président de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh, doit en revanche participer aux travaux et intervenir publiquement aux côtés de Kristalina Georgieva le 16 octobre.
La directrice générale du FMI a déjà averti que les prochains mois pourraient être difficiles. L’institution devrait maintenir ses prévisions de croissance mondiale autour de 3 % pour 2026, tout en procédant à des ajustements pour certaines économies particulièrement affectées par les conflits.
Le précédent marocain de 2023 rappelle combien les tensions géopolitiques peuvent rapidement bouleverser l’agenda économique international. Les assemblées de Marrakech s’étaient déroulées quelques jours après le déclenchement de la guerre à Gaza, dans un contexte de fortes inquiétudes régionales.
Trois ans plus tard, la sécurité internationale et la stabilité financière occupent une place centrale dans les échanges entre les responsables économiques. Pour Josh Lipsky, vice-président chargé de l’économie internationale à l’Atlantic Council, les gouvernements et les institutions financières doivent désormais intégrer plus rapidement les conséquences économiques des crises géopolitiques.
Les réunions de Bangkok prolongent ainsi un cycle de rencontres internationales dont Marrakech avait constitué la précédente étape hors du siège des deux institutions. Le Maroc demeure, à ce titre, une référence dans l’organisation récente des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale.


