La vente de SFR à Bouygues Telecom, Free et Orange marque un tournant majeur dans les télécoms français, mais elle ne signifie pas que Patrick Drahi encaissera directement les 20,35 milliards d’euros annoncés pour l’opération.
Le protocole d’accord signé le 6 juin 2026 valorise SFR à 20,35 milliards d’euros. La somme pourrait atteindre 21 milliards d’euros avec une clause de complément de prix. Mais l’essentiel du produit de cession doit servir à traiter l’endettement d’Altice France, maison mère de l’opérateur.
Le dossier s’inscrit dans une longue séquence financière ouverte en 2014, lorsque Patrick Drahi avait racheté SFR à Vivendi pour 13,5 milliards d’euros en numéraire. L’opération avait été structurée sous forme de LBO, avec un recours massif à la dette. Altice France avait emprunté 15,8 milliards d’euros, avant de voir son endettement atteindre 24,1 milliards d’euros en 2023.
Le plan de sauvegarde validé le 4 août 2025 par le tribunal des activités économiques de Paris a permis d’effacer 8,6 milliards d’euros de dette et de ramener l’endettement à 15,5 milliards d’euros. En contrepartie, les créanciers sont entrés au capital d’Altice France à hauteur de 45 %. Parmi eux figurent BlackRock, Pimco et Fidelity. Patrick Drahi conserve 55 % du capital.
Cette nouvelle répartition change le calcul de la vente. Selon une estimation, le businessman né au Maroc pourrait percevoir environ 2 milliards d’euros sur la cession de SFR. Le reste doit principalement servir au remboursement de la dette et à la rémunération des créanciers devenus actionnaires.
L’opération ne solde pas pour autant tous les actifs liés à l’écosystème SFR. XPFibre, filiale qui gère 7,3 millions de lignes de fibre optique en zones rurales, reste exclue du périmètre de la vente. Sa valorisation est estimée entre 7,8 et 8,4 milliards d’euros par Altice. Une cession séparée pourrait donc générer des montants supplémentaires, sous réserve des décisions du conseil d’administration d’Altice France.
Patrick Drahi avait déjà engagé plusieurs opérations de désendettement. En mars 2024, Altice France a vendu Altice Media, qui comprend notamment BFM TV et RMC, au groupe CMA CGM de Rodolphe Saadé pour 1,55 milliard d’euros. En août 2024, l’homme d’affaires a également cédé sa participation dans BT au conglomérat indien Bharti Enterprises pour environ 3,7 milliards d’euros.
La vente de SFR ne marque donc pas un encaissement simple de plus de 20 milliards d’euros. Elle clôt surtout un cycle financier lourdement marqué par la dette, tout en laissant à Patrick Drahi des actifs importants, dont Sotheby’s et XPFibre. Le changement de contrôle de SFR devrait intervenir au second semestre 2027, sous réserve des validations réglementaires.

