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jeudi 19 février 2026

Virements d’Epstein vers le Maroc : pourquoi l’État marocain n’est pas concerné

La publication de documents du département de la Justice américain relatifs à des virements effectués en 2019 par Charles Schwab pour le compte de Jeffrey Epstein a ravivé l’attention autour d’une tentative d’acquisition du palais Bin Ennakhil à Marrakech. Une lecture attentive des éléments disponibles montre toutefois que l’affaire relève exclusivement de relations financières entre acteurs privés étrangers, sans implication institutionnelle marocaine.

Les faits documentés décrivent l’ouverture de comptes aux États-Unis au printemps 2019, des instructions de virement vers un compte suisse appartenant à un agent immobilier basé à Marrakech, puis l’annulation successive de ces opérations. Les institutions explicitement mentionnées sont américaines et suisses. Le rapport d’activité suspecte (SAR) a été transmis au FinCEN, organe américain de lutte contre les crimes financiers. L’ensemble du dispositif de surveillance, de conformité et d’alerte s’inscrit donc dans le cadre réglementaire des États-Unis.

Il est essentiel de distinguer trois niveaux; tout d’abord la localisation d’un bien immobilier, la juridiction bancaire des flux financiers et la responsabilité institutionnelle. Dans ce dossier, le bien visé se situe au Maroc, mais les flux financiers n’ont pas transité par une banque marocaine et n’ont pas été exécutés sous supervision d’une autorité marocaine. Les virements évoqués ont concerné des comptes ouverts aux États-Unis et en Suisse. Le système financier marocain n’est pas cité dans les documents publiés.

La tentative d’acquisition n’a par ailleurs jamais abouti. Les virements ont été annulés et la propriété a été vendue ultérieurement à un autre acquéreur. Il n’y a donc pas eu de transfert de propriété au profit d’Epstein, ni d’intégration d’actifs sur le territoire marocain. L’opération est restée au stade d’une transaction privée avortée.

Sur le plan juridique, rien n’indique qu’au moment des faits Epstein faisait l’objet d’une interdiction internationale l’empêchant d’acquérir un bien immobilier à l’étranger avant son arrestation en juillet 2019. La conformité d’une opération immobilière internationale repose en premier lieu sur les vérifications bancaires anti-blanchiment et les obligations de vigilance des établissements financiers impliqués. Dans ce dossier, ces obligations relevaient des banques étrangères concernées. Le SAR déposé aux États-Unis confirme que la détection et l’évaluation du risque ont été traitées dans la sphère réglementaire américaine.

L’angle d’analyse le plus pertinent porte ainsi sur la gestion du risque par l’établissement financier américain, notamment le traitement d’un virement alors que le compte était temporairement insuffisamment provisionné et la chronologie du signalement aux autorités fédérales. Ces éléments interrogent des procédures internes de conformité aux États-Unis, non le cadre juridique marocain.

Il convient également de rappeler qu’un projet d’achat immobilier par un ressortissant étranger, même controversé, ne constitue pas en soi une implication de l’État du pays où se situe le bien. La responsabilité pénale d’Epstein et les obligations de vigilance bancaire demeurent attachées aux juridictions où les flux financiers sont opérés et supervisés.

En l’état des documents rendus publics, le Maroc apparaît uniquement comme la localisation géographique d’un actif convoité dans le cadre d’une transaction privée entre acteurs étrangers. Aucun élément factuel ne met en cause une institution marocaine, une autorité de régulation nationale ou un mécanisme financier local. L’affaire, telle que documentée, relève d’interactions financières transfrontalières gérées et signalées sous contrôle américain.

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