L’industrie automobile européenne est en pleine recomposition. Et derrière les discussions engagées entre BYD, Stellantis et plusieurs autres constructeurs du continent, c’est toute la chaîne mondiale de la voiture électrique qui se redessine progressivement. Une transformation qui, bien qu’elle se joue actuellement en Europe, pourrait avoir des répercussions bien au-delà du Vieux Continent, y compris au Maroc.
Selon des déclarations faites mercredi par Stella Li, vice-présidente de BYD, lors d’une conférence organisée à Londres, le géant chinois étudie activement la possibilité de reprendre des usines automobiles sous-utilisées en Europe. Le groupe dit être en discussion non seulement avec Stellantis, mais aussi avec d’autres constructeurs européens confrontés à des surcapacités industrielles dans un marché automobile ralenti.
L’objectif affiché est clairement accélérer l’ancrage industriel de BYD en Europe et disposer rapidement de capacités de production locales pour soutenir son expansion dans le véhicule électrique.
« Nous recherchons toute usine disponible en Europe », a affirmé Stella Li lors de la même conférence.
Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’industrie automobile européenne. Confrontés à la montée en puissance des marques chinoises, à la transition électrique et à une pression croissante sur les coûts, plusieurs groupes historiques cherchent désormais de nouveaux modèles de coopération.
Ces derniers jours, Stellantis a notamment renforcé son partenariat avec le constructeur chinois Leapmotor, qui produira certains modèles électriques dans des usines espagnoles du groupe. D’autres sites industriels pourraient également être cédés ou intégrés dans de nouvelles alliances.
Pour BYD, l’enjeu est stratégique. Déjà devenu l’un des leaders mondiaux du véhicule électrique, le groupe chinois veut désormais consolider sa présence en Europe sans dépendre uniquement des importations depuis la Chine, dans un contexte marqué par des tensions commerciales croissantes entre Bruxelles et Pékin.
Le constructeur privilégierait d’ailleurs une exploitation directe des usines plutôt que des coentreprises, jugées plus complexes à gérer.
Même si aucune usine marocaine n’est directement mentionnée dans ces discussions, le sujet intéresse fortement l’écosystème automobile marocain.
Le Royaume s’est imposé ces dernières années comme une plateforme industrielle majeure pour l’automobile, grâce notamment aux implantations de Renault Group à Tanger et Casablanca, mais aussi de Stellantis à Kénitra.
Aujourd’hui, le Maroc cherche également à monter en gamme dans la chaîne de valeur du véhicule électrique, notamment à travers les projets liés aux batteries, aux composants électroniques et aux infrastructures industrielles vertes.
Dans ce contexte, l’expansion européenne des constructeurs chinois est observée avec attention. Car derrière la reprise éventuelle d’usines en Europe se joue une compétition mondiale pour le contrôle des futures capacités de production électriques.
Le Maroc peut-il devenir une alternative industrielle ?
Pour plusieurs experts du secteur, le Maroc possède des arguments solides dans cette nouvelle configuration mondiale du fait de sa proximité avec l’Europe, ses coûts compétitifs, stabilité industrielle, ses accords de libre-échange et sa montée en puissance dans les énergies renouvelables.
Le Royaume attire déjà de nombreux équipementiers automobiles internationaux et ambitionne de renforcer davantage sa place dans la filière électrique.
La question est donc moins de savoir si BYD rachètera des usines européennes que de comprendre comment la montée en puissance des constructeurs chinois pourrait rebattre les cartes industrielles dans la région euro-méditerranéenne.
D’autant que Stella Li a également indiqué que des pays comme la France restaient attractifs en raison notamment du faible coût de l’électricité. Un critère devenu central dans la production des véhicules électriques et des batteries.
Un sujet qui résonne directement avec les ambitions énergétiques du Maroc, engagé depuis plusieurs années dans le développement massif du solaire et de l’éolien.
Une recomposition qui dépasse l’Europe
Au-delà des simples discussions industrielles, cette séquence révèle surtout l’état de l’accélération de la mutation mondiale du secteur automobile.
Les constructeurs chinois ne veulent plus seulement exporter des voitures. Ils veulent désormais produire localement, contrôler leurs chaînes logistiques et s’imposer durablement sur les marchés occidentaux.
Pour le Maroc, déjà devenu le premier constructeur automobile du continent africain, cette nouvelle donne pourrait représenter à la fois une concurrence accrue… mais aussi une opportunité stratégique majeure pour attirer de futurs investissements liés à la mobilité électrique.

