La transformation des paiements électroniques au Maroc entre dans une phase où les usages deviennent aussi déterminants que la technologie. Réunis le 9 juillet à Casablanca à l’occasion de la septième édition du Moroccan Consumer Day, les acteurs du secteur ont dressé un constat partagé. Le cadre réglementaire, les infrastructures et l’ouverture du marché sont désormais en place, mais l’adoption par les consommateurs et les commerçants reste le principal défi.
Organisée par Consonews autour du thème du paiement au Maroc, la rencontre a réuni des représentants d’institutions publiques, d’opérateurs privés, d’entreprises technologiques et d’associations de consommateurs. Deux tables rondes ont abordé la réglementation, la protection des utilisateurs, l’innovation et la qualité de l’expérience proposée.

En ouverture, le fondateur de Consonews, Nabil Taoufik, a insisté sur les effets sociaux d’une évolution des moyens de paiement. Il a également rappelé que cette transformation devait rester centrée sur les besoins du citoyen.
L’ouverture du marché de l’acquisition monétique et l’arrivée de nouveaux opérateurs ont occupé une place importante dans les échanges. Pour Ismail Bellali, directeur général d’Unipay, cette évolution n’a pas encore produit une hausse spectaculaire des volumes. Le développement du réseau d’acceptation auprès des commerçants constitue, selon lui, la prochaine étape décisive.
Bank Al-Maghrib poursuit de son côté une stratégie destinée à accélérer le recours aux moyens de paiement électroniques. Mohammed Adnane Boutaib, responsable du service Études et Projets, a toutefois relevé que les espèces restent fortement ancrées dans les pratiques quotidiennes des consommateurs marocains.
La confiance apparaît comme l’autre condition majeure de cette transition. Mohamed Bourazza, directeur Compliance Groupe chez HPS, a présenté la conformité comme un outil de sécurisation des usages et d’amélioration de la performance. Cette approche doit permettre de mieux intégrer les attentes de l’utilisateur dans la conception des services.
Le président de la Fédération nationale des associations du consommateur, Madih Ouadi, a appelé à renforcer la concurrence, la transparence dans la gestion des litiges et la cybersécurité. La protection des utilisateurs doit, selon lui, progresser au même rythme que la diversification des offres.
Les débats ont également souligné le rôle central de l’expérience proposée au moment du paiement. Zakia Eddariy, directrice générale de CDM Pay, estime que le recul du cash dépendra de la capacité des consommateurs à régler leurs achats par carte dans un nombre beaucoup plus large de commerces.
Cette exigence ne repose pas seulement sur la disponibilité des équipements. Elle suppose aussi des solutions simples, rapides et discrètes. Hazim Sebbata, directeur général de ScreenEdge, a rappelé que la technologie ne crée réellement de la valeur que lorsqu’elle facilite le parcours de l’utilisateur sans le rendre plus complexe.
L’accompagnement des commerçants et du public reste donc indispensable. Jaouad Dabounou, professeur spécialiste de l’intelligence artificielle à l’Université Hassan Ier, considère que les obstacles au développement du paiement digital sont aujourd’hui davantage culturels que techniques.
Le coût réel de l’utilisation des espèces a également été évoqué. Moulay Ahmed Ouazzani, membre du directoire de Damane Payment chargé du pôle monétique, estime que les dépenses liées à la gestion du cash restent largement sous-évaluées.
La maîtrise des infrastructures constitue enfin un enjeu stratégique. Mehdi Ouadou, directeur des opérations de Switch Al Maghrib, a souligné l’importance de leur gouvernance pour préserver la souveraineté du système national de paiement.
Les discussions tenues lors du Moroccan Consumer Day montrent que le secteur a franchi plusieurs étapes en matière de réglementation et de concurrence. La réussite de la prochaine phase dépendra désormais de l’élargissement du réseau d’acceptation, de la confiance accordée aux solutions proposées et de leur capacité à répondre simplement aux besoins des citoyens.

