La crise à Sebta expose Madrid aux critiques israéliennes

La crise migratoire à Sebta a relancé les tensions entre l’Espagne et Israël. Jeudi soir, l’ambassadeur israélien auprès des Nations unies, Danny Danon, a directement mis en cause la politique migratoire du gouvernement espagnol dans un message publié sur X.

Le diplomate a accusé Madrid de multiplier les critiques contre Israël tout en peinant à maîtriser une situation provoquée, selon lui, par ses propres choix. Il a également affirmé que les autorités espagnoles avaient déclaré l’état d’urgence à Sebta.

Le gouvernement espagnol a rapidement corrigé cette version. Il a rappelé que la législation nationale ne permettait pas de proclamer un état d’urgence en raison de flux migratoires, ceux-ci n’étant pas considérés comme un risque relevant du dispositif de protection civile.

Cette mise au point n’a toutefois pas empêché Danny Danon de poursuivre son offensive. L’ambassadeur a appelé l’Espagne à répondre de sa présence à Ceuta et Melilla, qu’il a qualifiées d’enclaves coloniales, plutôt que de continuer à adresser des leçons à Israël.

La réaction de Madrid est venue du ministre des Transports, Óscar Puente. En reprenant la publication de Danny Danon, il a estimé que les choses devenaient plus claires, sans préciser davantage sa pensée.

Cette réponse laconique a nourri les spéculations dans le débat public espagnol. Plusieurs commentateurs et responsables politiques ont accusé Israël de chercher à fragiliser le gouvernement de Pedro Sánchez en représailles à sa position sur Gaza.

Aucun élément public ne permet cependant d’établir une implication israélienne dans les événements de Ceuta. Les accusations relayées sur les réseaux sociaux reposent essentiellement sur des interprétations politiques et sur d’anciennes déclarations remises en circulation.

La commentatrice Carolina Alonso a ainsi évoqué une tentative de déstabilisation menée, dit-elle, avec « l’appui d’Israël, des États-Unis et de mouvements européens d’extrême droite ». Le député Gabriel Rufián a repris une partie de ces soupçons tout en appelant les forces politiques espagnoles à dépasser leurs divisions.

D’autres intervenants ont ressorti une publication datant de 2019 de Yair Netanyahu, fils du Premier ministre israélien, consacrée à Ceuta et Melilla. Ce message a été utilisé pour alimenter l’idée d’une éventuelle vengeance contre Pedro Sánchez, sans preuve concrète à l’appui.

La polémique intervient alors que les relations entre Madrid et Israël restent profondément dégradées. L’Espagne a adopté une ligne particulièrement ferme sur la guerre à Gaza, reconnu l’État de Palestine en mai 2024 et renforcé ses restrictions sur les exportations d’armes vers Israël.

En s’exposant aux critiques sur sa gestion migratoire tout en maintenant un discours offensif sur la scène internationale, le gouvernement espagnol se retrouve désormais sous pression sur deux fronts diplomatiques.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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