La mort d’Abderrahim Fakir, survenue le 19 juillet à Bologne après une intervention policière disproportionnée, a ravivé les tensions autour de l’immigration et du maintien de l’ordre en Italie. L’affaire s’est rapidement invitée dans le débat politique, sur fond de durcissement du discours migratoire porté par le gouvernement de Giorgia Meloni et de crise migratoire survenue à Sebta.
Âgé de 42 ans, ce chef d’une petite entreprise de métallurgie vivait en Italie depuis l’enfance. Arrivé du Maroc à six ans, il était installé à Bologne depuis 1995 et restait, selon ses proches, profondément intégré à la vie locale. Ses amis le décrivent comme un homme sociable, apprécié et longtemps très présent auprès de sa famille.
Le jour de son décès, plusieurs habitants avaient signalé un homme désorienté, criant de manière incohérente et frappant des portes ainsi qu’un véhicule. Des vidéos tournées par des riverains montrent deux policiers le maintenant au sol avec l’aide d’un habitant. Les images, largement diffusées en ligne, ont suscité une forte émotion.
Le lendemain, le maire de Bologne, Matteo Lepore, a appelé à un rassemblement pour soutenir la famille et réclamer des explications. Plusieurs milliers de personnes y ont participé dans le calme. La mobilisation a ensuite dégénéré lorsqu’un groupe s’est dirigé vers le siège de la police, lançant des projectiles et blessant plusieurs agents.
L’affaire a aussitôt nourri l’affrontement entre majorité et opposition. Les soutiens du gouvernement ont demandé le départ du maire, tandis que ses adversaires ont mis en cause la politique sécuritaire de l’exécutif. Dans cette confrontation, la trajectoire personnelle d’Abderrahim Fakir est rapidement passée au second plan.
Pour le sociologue Maurizio Ambrosini, professeur à l’Université d’État de Milan, cette manière de traiter les migrations contribue à effacer les individus derrière des catégories politiques. Il estime que la réduction des migrants à un phénomène abstrait empêche de prendre en compte leurs histoires et leurs vulnérabilités.
Les proches de Fakir racontent un homme confronté à plusieurs difficultés simultanées. Son entreprise traversait une période compliquée et il avait dû se séparer de huit de ses douze salariés. À cette pression professionnelle s’ajoutait la crainte d’être expulsé vers le Maroc, malgré une vie presque entièrement construite en Italie.
Son avocate, Barbara Spinelli, tentait de l’aider à récupérer un titre de séjour auquel il avait renoncé après un long séjour au Maroc, effectué à la suite du décès de sa mère en 2021. La procédure semblait proche d’aboutir avant la mutation du juge chargé de son dossier. Les autorités de l’immigration l’avaient également convoqué pour vérifier sa situation, alors qu’une décision judiciaire lui permettait provisoirement de rester dans le pays.
Sa sœur Khadija avait remarqué qu’il s’isolait davantage et participait moins aux réunions familiales. Fakir continuait pourtant d’affirmer à son entourage que tout allait bien. Plusieurs épisodes de confusion et de détresse avaient été signalés dans les semaines précédant sa mort. Il avait notamment sollicité une aide psychiatrique dans un établissement hospitalier de Bologne.
Après deux condamnations liées à la drogue durant sa jeunesse, il avait exercé plusieurs métiers avant de créer ses propres entreprises, d’abord dans la logistique puis dans la métallurgie. Ses proches insistent sur son attachement à sa famille et à la ville où il avait grandi.
Une autopsie et plusieurs enquêtes doivent encore établir les circonstances exactes de son décès. Les investigations concernent les policiers intervenus ainsi que quatre bénévoles de la Croix-Rouge présents sur les lieux avant les tentatives de réanimation. La famille dit attendre les conclusions de la justice italienne.


