Les réseaux d’anciens élèves gagnent du terrain dans l’éducation marocaine

Longtemps associés aux grandes universités étrangères, les réseaux d’anciens élèves prennent une place croissante au Maroc. Grandes écoles, universités et établissements du secondaire cherchent désormais à maintenir le lien avec leurs diplômés bien après leur départ. L’enjeu ne se limite plus aux retrouvailles entre promotions. Ces communautés deviennent des espaces de mentorat, d’orientation et de transmission.

Dans l’enseignement supérieur, plusieurs établissements ont déjà structuré cette relation. L’Association des anciens d’Al Akhawayn, créée en 2003, représente officiellement les diplômés de l’université. Elle anime une communauté répartie au Maroc et à l’étranger, développe le mentorat et favorise les échanges professionnels. L’association comptait déjà plus de 6 500 membres en 2022.

Cette montée en puissance des réseaux d’anciens s’est aussi manifestée récemment à HEM, à l’occasion d’une rencontre organisée à Casablanca autour des 25 ans de son MBA. L’événement a rassemblé des diplômés de plusieurs promotions, des responsables académiques et des partenaires du monde de l’entreprise. Au-delà de l’anniversaire du programme, ce rendez-vous a montré la place désormais occupée par les alumni dans la vie des grandes écoles. Ils entretiennent la mémoire des promotions, facilitent les échanges professionnels, rapprochent les établissements des entreprises et accompagnent les trajectoires bien après la formation.

Ce modèle s’étend désormais aux établissements secondaires, où l’accompagnement commence avant même l’entrée dans l’enseignement supérieur. Au lycée Lyautey, l’association des anciens participe depuis plus de vingt-cinq ans à la vie de l’établissement. Elle rassemble plusieurs milliers de membres, au Maroc comme à l’étranger, et intervient auprès des élèves actuels en partageant les expériences universitaires et professionnelles de ses adhérents.

Le lycée Descartes de Rabat s’appuie lui aussi sur une association réunissant les anciens des lycées Gouraud et Descartes. Des rencontres culturelles et des échanges avec d’anciens élèves permettent de faire vivre une histoire commune entre les générations.

L’École Française Internationale de Casablanca rejoint aujourd’hui cette dynamique. L’établissement a lancé en juillet 2026 son Association des Alumni, trois ans après la sortie de sa première promotion de bacheliers. Le projet prévoit du mentorat, un accompagnement dans les choix d’orientation, des échanges entre promotions et le développement d’opportunités académiques et professionnelles au Maroc et à l’international.

Le bureau fondateur reflète déjà la diversité des parcours suivis après le baccalauréat. Ses membres étudient notamment à l’École Polytechnique de Paris, à la London School of Economics, à McGill University, à ESCP Business School, à Maastricht University ainsi que dans des établissements marocains spécialisés en médecine et en psychologie. Cette implantation dans plusieurs pays offre aux élèves actuels des interlocuteurs capables de leur parler concrètement des études, des admissions et de la vie universitaire.

Pour l’EFI Casablanca, cette association prolonge une relation construite durant la scolarité. Les premières promotions étant encore peu nombreuses, les liens entre élèves, enseignants et familles sont restés étroits. Le réseau doit préserver cette proximité tout en lui donnant une forme durable et organisée.

Cette évolution traduit un changement dans la manière dont les établissements envisagent leur mission. Le diplôme ne marque plus nécessairement la fin de la relation avec l’école. L’ancien élève peut devenir mentor, ambassadeur, conseiller ou soutien pour les promotions suivantes. L’établissement conserve, de son côté, un lien direct avec les trajectoires de ses diplômés.

Ces réseaux représentent aussi un atout pour l’orientation. Le témoignage d’un ancien étudiant permet aux plus jeunes de mieux comprendre une filière, un concours ou une destination universitaire. Les échanges apportent une connaissance concrète que les présentations institutionnelles ne suffisent pas toujours à transmettre.

Leur intérêt grandit encore dans un contexte où les parcours sont de plus en plus internationaux. Les diplômés marocains étudient et travaillent dans plusieurs pays, tout en restant attachés à leur établissement d’origine. Les associations d’anciens permettent de relier ces expériences dispersées et de les mettre au service d’une communauté.

Pour les écoles, cette mobilisation renforce aussi le sentiment d’appartenance. Une communauté active témoigne de la continuité du projet éducatif et de la capacité de l’établissement à accompagner ses élèves au-delà de la remise du diplôme. Pour les anciens, elle offre un espace où entretenir des relations, partager des expériences et contribuer à la réussite des générations suivantes.

Le lancement du réseau de l’EFI Casablanca illustre ainsi une tendance positive qui rapproche progressivement le secondaire des pratiques déjà installées dans les grandes écoles. À mesure que les promotions grandissent, ces communautés peuvent devenir de véritables passerelles entre l’école, l’université et le monde professionnel.

« Nos anciens élèves ont vocation à guider les générations suivantes »

Rebecca Meren, proviseure adjointe chargée du collège, explique la volonté de l’EFI de fédérer ses anciens élèves autour d’un réseau durable fondé sur la transmission, l’entraide et l’attachement à l’établissement.

Pourquoi avoir décidé de structurer un réseau des anciens élèves de l’EFI ?

Nous souhaitions prolonger les liens créés au fil des années entre l’établissement et les élèves. Beaucoup sont partis poursuivre leurs études à l’étranger, dans des domaines très variés, et leur expérience peut être précieuse pour les plus jeunes. L’idée de départ était donc de les faire intervenir sur les questions d’orientation, afin qu’ils puissent raconter leur parcours et partager leur quotidien d’étudiant. Nous avons ensuite voulu aller plus loin en créant un réseau capable de vivre toute l’année et pas seulement à l’occasion de rencontres ponctuelles.

Sur quoi repose cette dynamique entre les différentes promotions ?

Elle repose avant tout sur la proximité. Les promotions de l’EFI sont restées à taille humaine, ce qui nous a permis de connaître les élèves et de les accompagner sur plusieurs années. Beaucoup reviennent spontanément dans l’établissement et nous avons gardé le contact avec eux. Lorsque nous leur avons proposé de participer à la création d’un bureau des anciens élèves, ils ont accepté avec beaucoup d’enthousiasme. Cette mobilisation montre qu’ils restent attachés à l’EFI et qu’ils ont envie de transmettre à leur tour.

Que doit apporter ce réseau dans les prochaines années ?

Nous voulons en faire un espace de solidarité entre anciens élèves, mais aussi un point de rencontre avec les nouvelles générations. L’EFI doit rester un lieu où ils se sentent chez eux, où ils peuvent revenir, échanger et mettre leur expérience au service des autres. L’établissement compte désormais trois promotions de bacheliers. La plus récente a obtenu 100 % de réussite et 100 % de mentions. Ces résultats nous rendent très fiers et renforcent notre volonté de maintenir une relation durable avec eux au moment où ils commencent leur parcours universitaire.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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