Le système de santé marocain pourrait accueillir cette année moins de nouveaux infirmiers et techniciens qu’il n’en forme. Près de 8.500 diplômés seraient actuellement en attente d’un débouché, alors qu’environ 5.000 postes budgétaires sont annoncés pour 2026.
La question est désormais portée au Parlement par Aouicha Zelfa, députée du Groupe socialiste-Opposition ittihadie. Dans une question écrite adressée au ministre de la Santé et de la Protection sociale, elle alerte sur le décalage entre les capacités de formation et les perspectives réelles de recrutement.
Selon les chiffres avancés, environ 7.000 nouveaux lauréats des Instituts supérieurs des professions infirmières et techniques de santé devraient arriver cette année sur le marché du travail. Ils s’ajouteraient à près de 1.500 diplômés issus des promotions précédentes qui n’ont toujours pas trouvé de poste.
Si les quelque 5.000 recrutements attendus sont confirmés, plus de 3.000 candidats resteraient donc potentiellement sans solution immédiate, hors départs vers d’autres secteurs ou le privé.
Le problème dépasse le seul volume de postes. Certaines spécialités créées ces dernières années semblent elles aussi concernées par le manque de débouchés.
La députée cite notamment les cursus en soins infirmiers au bloc opératoire, en néphrologie et dialyse ainsi qu’en gériatrie. Ces formations avaient été ouvertes pour répondre à des besoins spécifiques du système de santé, mais les recrutements correspondants resteraient limités.
Cette situation pose la question de la coordination entre les politiques de formation et les besoins réels du secteur. Former davantage de professionnels ne suffit pas si les postes ne suivent pas ou si leur répartition ne correspond pas aux spécialités créées.
La parlementaire demande ainsi au ministère de détailler sa programmation des recrutements et de préciser la ventilation des postes par spécialité et par organisme.
Elle souhaite notamment connaître les effectifs prévus dans les groupements sanitaires territoriaux, à l’Agence marocaine du sang et de ses dérivés, à l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé ainsi que dans les autres établissements publics du secteur.
Le cas des diplômés des promotions précédentes est également au cœur de l’interpellation. La députée demande si des mesures exceptionnelles sont envisagées pour éviter que ce stock ne continue de grossir d’année en année.
Parmi les pistes avancées figurent l’organisation d’un concours national exceptionnel ou la création d’un dispositif spécifique d’intégration pour les diplômés restés sans emploi.
Le secteur privé est lui aussi évoqué, mais il ne semble pas pouvoir absorber à lui seul l’ensemble des nouveaux arrivants. La députée pointe à la fois ses capacités limitées et les questions de rémunération et de conditions de travail dans certains établissements.
Elle plaide donc pour des mécanismes de coopération plus structurés entre public et privé, à condition que les droits professionnels des infirmiers et techniciens soient garantis.
Derrière cette tension sur les recrutements se dessine un enjeu plus large pour la réforme de la santé au Maroc. Le pays cherche à renforcer ses ressources humaines, mais la montée en puissance des capacités de formation doit encore être mieux alignée sur les postes réellement ouverts et sur les besoins des différentes spécialités.


