Comment le Maroc veut faire sortir la santé mentale de l’hôpital

Le Maroc prépare un changement de modèle dans la prise en charge de la santé mentale. La Stratégie nationale 2026-2030 entend réduire la place centrale occupée jusqu’ici par l’hospitalisation pour développer une offre davantage tournée vers la prévention, les soins de proximité, l’accompagnement psychosocial et la réhabilitation.

Le constat dressé au lancement de cette stratégie est celui d’un système encore confronté à d’importantes difficultés d’accès. Une partie de la population reste éloignée des soins ou y accède tardivement, tandis que les disparités territoriales, le manque de professionnels spécialisés et l’insuffisance des infrastructures continuent de peser sur la prise en charge. La stigmatisation, les difficultés financières et les ruptures familiales ou professionnelles aggravent ces obstacles.

La réforme prévue pour la période 2026-2030 veut déplacer une partie de l’effort vers la prévention. L’objectif est d’intervenir avant que les situations ne se dégradent, notamment auprès des enfants et des jeunes, dans le monde du travail, face à la précarité, au vieillissement ou encore lors des périodes de crise.

Cette nouvelle organisation doit également rapprocher les soins des patients. Centres de santé, médecins de famille, infirmiers et sages-femmes sont appelés à jouer un rôle accru dans la détection et la prise en charge des troubles les plus fréquents. L’hospitalisation resterait nécessaire, mais deviendrait une étape parmi d’autres dans un parcours de soins plus large.

Le chantier passe nécessairement par les ressources humaines. La stratégie prévoit de former davantage de psychiatres et de pédopsychiatres, d’augmenter les effectifs d’infirmiers spécialisés et de renforcer la présence des psychologues dans le secteur public. Les professionnels des soins primaires doivent également être davantage formés aux situations de santé mentale les plus courantes.

Les infrastructures doivent évoluer dans le même sens. Le programme prévoit la réhabilitation des structures existantes, le développement de services psychiatriques dans les hôpitaux généraux et le déploiement de structures intermédiaires. Le Complexe régional d’accueil et de réhabilitation psychosociale de Médiouna, dont S.M le Roi Mohammed 6 a lancé la construction en octobre dernier avec la Fondation Mohammed V pour la Solidarité, doit servir de modèle pour une généralisation dans les différentes régions du Royaume.

L’accès financier aux soins constitue un autre volet de la réforme. Les autorités veulent faire évoluer la nomenclature des actes, les tarifs de référence et la couverture par l’assurance maladie obligatoire. Les consultations spécialisées, les psychothérapies, les médicaments et les nouvelles formes de prise en charge doivent progressivement bénéficier d’un financement plus adapté.

La stratégie prévoit aussi une organisation davantage territorialisée. Les Groupements sanitaires territoriaux doivent permettre d’adapter les parcours aux réalités locales et de mieux répartir les moyens entre métropoles, provinces rurales et territoires vulnérables. L’objectif affiché reste toutefois de garantir un socle commun de droits et d’accès aux soins sur l’ensemble du territoire.

Le ministère de la Santé ne sera pas seul concerné. L’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur, la Solidarité, l’Emploi, la Justice, l’Intérieur, les collectivités territoriales ainsi que l’administration pénitentiaire sont appelés à participer au dispositif. Les familles, le secteur privé, les associations et les fondations doivent également être associés à sa mise en œuvre.

La Fondation Lalla Oum Keltoum pour la santé mentale est citée parmi les acteurs appelés à accompagner cette nouvelle orientation. Entièrement consacrée à ce domaine, elle doit intervenir comme partenaire dans le développement de nouvelles initiatives destinées notamment aux populations les plus fragiles.

L’année 2026 doit marquer le démarrage des réformes structurantes, avant une montée en puissance progressive dans les territoires. L’échéance de 2030 est fixée pour mesurer les résultats obtenus et, surtout, les changements concrets dans l’accès aux soins.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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