Le Maroc devra réunir près de 15 milliards de dollars chaque année d’ici 2030 pour financer les investissements nécessaires à la transformation de son économie. Dans son Rapport pays 2026, la Banque africaine de développement (BAD) chiffre ces besoins à 14,9 milliards de dollars par an, soit 7,6 % du produit intérieur brut. L’institution estime que la mobilisation de ces ressources nécessitera une évolution des mécanismes de financement, au-delà des circuits bancaires traditionnels.
Les infrastructures concentrent la majeure partie des besoins identifiés, avec 10,35 milliards de dollars annuels. Le secteur énergétique arrive ensuite, à hauteur de 2,30 milliards de dollars. À plus long terme, les estimations de la BAD font état d’un besoin annuel ramené à 2,6 milliards de dollars à l’horizon 2063, dont près de 70 % seraient destinés aux infrastructures routières.
Pour faire face à ces besoins, la Banque recommande au Royaume d’accroître ses ressources financières nationales. La fiscalité, l’épargne, les marchés de capitaux et les investissements privés figurent parmi les principaux leviers retenus. L’institution insiste également sur la nécessité d’améliorer l’efficacité des dépenses et des investissements.
Le Maroc a pourtant maintenu un niveau d’investissement supérieur à 30 % de son PIB durant la dernière décennie. Pour la BAD, cet effort doit désormais s’accompagner d’une meilleure utilisation des capitaux mobilisés, afin d’en renforcer les effets sur l’économie sans accentuer les contraintes budgétaires.
La fiscalité constitue l’un des premiers chantiers. Les recettes de l’État ont progressé de 59,4 % entre 2021 et 2025, mais leur évolution reste légèrement inférieure à celle de l’activité économique. La BAD évalue leur élasticité par rapport au PIB à 0,98, contre 1,05 en moyenne sur le continent africain.
L’institution préconise notamment une réduction des dépenses fiscales, estimées à 2 % du PIB, ainsi qu’un élargissement du nombre de contribuables. Elle recommande de renforcer les contrôles, de poursuivre la lutte contre la fraude et de développer la facturation électronique et les paiements dématérialisés.
L’intégration progressive des activités informelles constitue un autre enjeu. Selon les estimations reprises dans le rapport, ce secteur représentait 33,5 % du PIB marocain entre 2015 et 2020. La BAD privilégie une combinaison de mesures fiscales incitatives, de simplification administrative, d’accès au crédit et de renforcement de la protection sociale pour favoriser sa formalisation.
Le financement des grands projets pourrait également s’appuyer davantage sur les partenariats public-privé. Au Maroc, ces montages concernent principalement l’eau, le dessalement et l’irrigation. La Banque recommande d’en élargir l’utilisation à la santé, à l’éducation, aux transports, à la logistique, à la gestion des déchets et à la décarbonation industrielle, tout en encadrant les risques financiers supportés par les pouvoirs publics.
Le système financier marocain dispose, selon la BAD, d’une base relativement développée à l’échelle africaine. Ses actifs représentaient 223 % du PIB en 2025. Les banques en détenaient toutefois 61 %, ce qui traduit leur poids prépondérant dans le financement de l’économie.
La Bourse de Casablanca constitue une autre source de capitaux à développer. Sa capitalisation atteignait 61 % du PIB en 2025, avec 80 entreprises cotées à la fin de l’année. Le marché reste néanmoins concentré autour de quelques secteurs, notamment les banques, le bâtiment et les télécommunications.
La BAD recommande d’attirer davantage d’entreprises vers la cotation, particulièrement les PME, et de diversifier les instruments disponibles. Les fonds d’infrastructure, les obligations vertes, le capital-risque et la finance participative sont notamment cités. Cette dernière ne représentait encore que 2,1 % des actifs bancaires.
L’accès aux services financiers demeure par ailleurs inégal. Le taux de détention d’un compte bancaire est passé de 53 % en 2020 à 58 % en 2024. Il atteignait 70 % chez les hommes, contre 46 % chez les femmes.
La Banque appelle à renforcer les dispositifs destinés aux très petites, petites et moyennes entreprises, aux jeunes entrepreneurs et aux femmes. Elle met notamment en avant les mécanismes de garantie de Tamwilcom, le développement des fintechs et l’amélioration de l’accès aux moyens de paiement numériques, particulièrement dans les zones rurales.
Les Marocains résidant à l’étranger représentent également une source potentielle de financement. Leurs transferts ont atteint 13,4 milliards de dollars en 2025, en progression de 2,6 %. La BAD encourage le développement de solutions permettant d’orienter une part plus importante de cette épargne vers les investissements productifs.
Elle cite notamment les évolutions du programme MDM Invest, dont l’apport minimum en fonds propres a été ramené à 20 %, ainsi que MDM Tamwil, qui propose un cofinancement associant l’État et les banques à un taux préférentiel de 2 %.
À l’échelle internationale, le rapport insiste sur l’importance d’attirer davantage d’investissements étrangers et de renforcer les liens financiers avec les autres économies africaines. L’harmonisation des réglementations, le développement de fonds régionaux d’infrastructure et l’amélioration des systèmes de paiement transfrontaliers figurent parmi les pistes proposées.
Ces orientations pourraient également contribuer au développement de Casablanca Finance City, en s’appuyant sur la présence des groupes bancaires marocains dans plusieurs pays africains.
Pour la BAD, la mobilisation des 14,9 milliards de dollars annuels ne repose donc pas sur un instrument unique. Elle suppose une combinaison de réformes fiscales, d’une plus grande ouverture des marchés financiers, d’une meilleure orientation de l’épargne et d’un recours élargi aux capitaux privés. L’institution recommande une mise en œuvre progressive de ces changements afin de renforcer durablement les capacités de financement du Royaume.


