Attijari Payment : derrière les millions investis, une trésorerie sous pression

Attijari Payment affiche une forte progression de ses revenus au premier semestre 2026. Mais derrière cette accélération, les états financiers de la société font apparaître plusieurs points de vigilance. Trésorerie d’exploitation négative, investissements importants, rentabilité limitée au regard des commissions encaissées et absence de procédures internes formalisées. Le commissaire aux comptes relève lui-même une faiblesse dans l’organisation de l’entreprise.

Le constat le plus sensible figure à la dernière page des résultats semestriels, dans l’attestation du commissaire aux comptes datée du 28 octobre 2026. Celui-ci signale l’absence d’un manuel de procédures comptables et organisationnelles formalisé, dans une période marquée par le développement significatif de l’activité d’acquisition de paiements.

Cette observation intervient alors que les commissions sur prestations de service atteignent 228,1 millions de dirhams à fin juin 2026, contre 1,68 million dans la colonne comparative des états publiés. Une évolution considérable qui donne une importance particulière à la question de l’encadrement des opérations et de leur suivi comptable.

Les résultats révèlent également un décalage entre le niveau des revenus bancaires et leur contribution au résultat. Sur 228,37 millions de dirhams de produits d’exploitation bancaire, Attijari Payment comptabilise 209,12 millions de charges correspondantes. Le produit net bancaire ressort ainsi à seulement 19,25 millions de dirhams.

Autrement dit, les charges bancaires absorbent près de 92% des produits de même nature. Cette proportion illustre le poids des coûts associés à l’activité, malgré le volume élevé des commissions enregistrées.

Le détail des comptes apporte un éclairage supplémentaire. Les commissions perçues représentent 228,10 millions de dirhams, tandis que les commissions servies atteignent 138 millions. La marge sur commissions s’établit donc à 90,11 millions de dirhams. Elle est ensuite réduite par d’autres charges bancaires, dont 68,58 millions de dirhams classés parmi les charges diverses.

Les états publiés ne fournissent pas de ventilation supplémentaire de cette dernière rubrique, qui représente pourtant un montant important au regard du produit net bancaire.

Autre élément notable, le bénéfice net ne suit pas la progression spectaculaire des commissions. Attijari Payment termine le semestre avec un résultat de 11,43 millions de dirhams, pratiquement identique aux 11,44 millions inscrits dans la colonne comparative.

Cette stabilité du bénéfice contraste avec la transformation de la structure des revenus. Les produits d’exploitation non bancaire reculent de 128,95 à 71,09 millions de dirhams, tandis que les produits bancaires augmentent fortement. Les comptes traduisent ainsi un changement important dans la composition des recettes, sans amélioration correspondante du résultat net.

La trésorerie constitue un autre point de vigilance. Malgré un résultat bénéficiaire, les activités d’exploitation ont consommé 36,02 millions de dirhams au premier semestre 2026. Le tableau des flux fait notamment ressortir une augmentation de 105,32 millions de dirhams des autres actifs, partiellement compensée par une progression de 122,38 millions des autres passifs.

À ces mouvements s’ajoutent 162,52 millions de dirhams de décaissements liés aux investissements. L’essentiel concerne les immobilisations incorporelles, notamment 159,22 millions de dirhams inscrits dans la catégorie des autres immobilisations incorporelles d’exploitation.

Ces dépenses interviennent alors que la capacité d’autofinancement de l’entreprise s’établit à 21,33 millions de dirhams sur la période. Le montant des investissements représente ainsi plus de sept fois cette capacité.

Attijari Payment a parallèlement bénéficié d’une augmentation de capital de 165 millions de dirhams, portant son capital social de 35 à 200 millions. Cet apport renforce les fonds propres de la société, qui atteignent 330,72 millions de dirhams à fin juin.

Malgré cette opération, la trésorerie figurant au tableau des flux passe de 146,89 millions de dirhams en début d’exercice à 113,35 millions à fin juin, soit une diminution de 33,54 millions de dirhams.

Le bilan fait également apparaître une progression importante des autres actifs, passés de 76,37 à 181,69 millions de dirhams. Les autres passifs augmentent, pour leur part, de 96,22 à 218,60 millions de dirhams. Parmi ces derniers, les dettes envers les fournisseurs de biens et services atteignent 144,31 millions de dirhams, contre 34,59 millions à fin décembre 2025.

Cette évolution mérite une attention particulière compte tenu de son ampleur. Les documents financiers permettent d’en mesurer le montant, sans détailler les échéances de règlement ni la nature des principaux engagements fournisseurs.

Attijari Payment se retrouve ainsi avec une activité bancaire en forte expansion, des investissements élevés et un besoin important de financement de son développement. La progression des commissions ne se traduit pas, à ce stade, par une hausse du bénéfice net, tandis que les opérations courantes mobilisent de la trésorerie.

L’observation du commissaire aux comptes sur l’absence de procédures formalisées ajoute une dimension organisationnelle à ces données financières. Elle intervient dans une phase où l’entreprise enregistre des changements rapides dans ses volumes d’activité, sa structure de revenus et son bilan.

Les comptes du premier semestre 2026 montrent donc une société en transformation, mais dont la croissance ne s’accompagne pas encore d’une amélioration visible de la rentabilité nette et de la génération de trésorerie d’exploitation.

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