Le dossier des visas Schengen pour les chauffeurs professionnels marocains entre dans une phase plus politique. À Casablanca, Abdessamad Kayouh a indiqué avoir évoqué lundi, par visioconférence, les difficultés rencontrées par les transporteurs marocains avec Apostolos Tzitzikostas, commissaire européen chargé du transport durable et du tourisme. Le sujet concerne directement la compétitivité des entreprises marocaines de transport international, fortement dépendantes des liaisons avec l’Europe.
La pression s’est accentuée ces dernières semaines avec l’entrée en fonctionnement complet du système européen d’entrée et de sortie. Depuis le 10 avril 2026, l’EES remplace les tampons manuels par un enregistrement numérique des entrées et sorties des ressortissants non européens effectuant de courts séjours dans l’espace Schengen. Le dispositif collecte aussi des données biométriques, ce qui rend le suivi des durées de séjour plus strict.
Pour les chauffeurs marocains, le problème ne tient pas seulement à l’obtention du visa. Il touche aussi au calcul des jours passés dans l’espace Schengen, limité à 90 jours sur toute période de 180 jours pour les visas de court séjour. Dans un métier fait de rotations fréquentes, d’attentes aux frontières, de retards de chargement et de trajets longs, cette contrainte peut devenir un frein opérationnel majeur.
Le secteur marocain alerte déjà sur les effets de ces règles. Des transporteurs ont dénoncé des blocages liés aux visas et aux contrôles européens, allant jusqu’à évoquer une mobilisation nationale après des incidents rapportés au mois d’avril.
La discussion engagée avec Bruxelles intervient dans un contexte paradoxal. L’Europe manque de chauffeurs professionnels, tandis que les transporteurs marocains disposent d’un savoir-faire et d’une proximité géographique essentiels pour les chaînes logistiques entre les deux rives. Une étude menée par l’IRU pour la Commission européenne a d’ailleurs identifié les obstacles administratifs et juridiques auxquels font face les conducteurs issus de pays tiers et les opérateurs européens.
L’Espagne apparaît comme un interlocuteur clé dans ce dossier. Kayouh a indiqué que des solutions à court, moyen et long terme seront examinées avec Madrid afin de faciliter l’accès des chauffeurs marocains au territoire européen. Ce chantier rejoint les besoins du marché espagnol, confronté lui aussi à une pénurie de conducteurs professionnels et engagé dans des démarches de reconnaissance des permis étrangers.
Le ministre a également évoqué l’attente d’un amendement lié aux visas électroniques dans les prochaines semaines. L’enjeu est de trouver une formule qui sécurise les déplacements des chauffeurs sans affaiblir les contrôles européens. Pour les entreprises marocaines, une solution plus souple permettrait de préserver les délais, de réduire les coûts cachés et de maintenir la fluidité des échanges avec l’Union européenne.
Cette annonce a été faite en marge de Logismed, organisé à Casablanca du 12 au 14 mai 2026 sous le thème d’un écosystème logistique intelligent. Le salon attend plus de 7.000 visiteurs professionnels et place la question de la performance logistique au cœur des débats. Le dossier des visas rappelle que la compétitivité ne dépend pas seulement des infrastructures, mais aussi de la capacité des chauffeurs à circuler sans rupture administrative.

