Creative Morocco Dialogues ouvre le chantier de l’économie créative

Les industries culturelles et créatives veulent sortir du seul registre culturel pour s’imposer comme un secteur économique à part entière. C’est l’un des enjeux de la première édition des Creative Morocco Dialogues, organisée par l’Université Mohammed VI Polytechnique et la Fédération des Industries Culturelles et Créatives, en collaboration avec l’International Finance Corporation et l’UNESCO.

La rencontre a réuni responsables publics, dirigeants d’entreprise, créateurs, chercheurs, investisseurs, experts et partenaires internationaux autour d’un objectif commun. Il s’agit d’identifier les conditions permettant aux industries culturelles et créatives de prendre davantage de place dans la trajectoire de développement du Royaume.

Cette ambition s’appuie sur un secteur déjà significatif. Les industries culturelles et créatives représentent une contribution estimée à 2,4 pour cent du PIB marocain et plus de 116 000 emplois. Leur poids dépasse désormais la seule dimension artistique. Contenus, marques, propriété intellectuelle, données, savoir-faire et patrimoine deviennent des actifs économiques capables de générer de la croissance, de l’emploi et du rayonnement international.

Pour Khalid Baddou, Directeur Exécutif des Affaires Institutionnelles de l’Université Mohammed VI Polytechnique, ces industries sont devenues un levier stratégique de compétitivité, d’innovation et d’influence. Il insiste sur la nécessité de relier les talents, les institutions, la recherche et l’entreprise afin de créer les conditions d’une économie créative capable de changer d’échelle au Maroc.

La Fédération des Industries Culturelles et Créatives défend, de son côté, une structuration plus forte de la filière. Son président, Fihr Kettani, estime que la reconnaissance progressive du poids économique du secteur doit désormais se traduire par des mesures concrètes pour permettre aux entreprises de se développer, d’innover et de se projeter au Maroc comme à l’international.

Les échanges ont porté sur cinq grands chantiers. Le premier concerne la contribution des industries culturelles et créatives au développement économique et au rayonnement du Royaume. Le deuxième interroge les conditions d’une économie créative plus compétitive, notamment la gouvernance, la régulation, le financement et l’investissement. Le troisième porte sur les compétences, les nouveaux métiers et la formation. Le quatrième s’intéresse à l’intelligence artificielle, aux chaînes de valeur numériques et à la souveraineté culturelle. Le cinquième explore les coopérations nécessaires entre institutions publiques, entreprises, universités, collectivités territoriales et partenaires internationaux.

La journée a également été marquée par la signature d’une convention entre l’UM6P et la Fédération des Industries Culturelles et Créatives. Ce partenariat doit renforcer les liens entre le monde académique et les acteurs de la filière, en particulier dans la recherche, le développement des compétences, la production de connaissances et l’accompagnement des politiques publiques.

Les débats ont aussi replacé l’intelligence artificielle au cœur de la réflexion. Les participants ont souligné que les nouvelles technologies ne pourront réellement servir la création marocaine que si elles s’appuient sur des données capables de refléter la diversité culturelle, linguistique et patrimoniale du pays. La question dépasse donc l’innovation technique. Elle touche à la souveraineté culturelle et à la capacité du Maroc à produire ses propres récits, ses propres contenus et ses propres modèles.

L’exemple du football marocain a été cité comme illustration d’une transformation réussie lorsqu’une vision stratégique est portée collectivement. Dans cette perspective, la Coupe du Monde 2030 pourrait servir de cap symbolique pour faire converger une stratégie nationale autour des industries culturelles et créatives et renforcer l’attractivité de la Marque Maroc.

Les conclusions des Creative Morocco Dialogues alimenteront l’élaboration d’un Livre Blanc. Ce document proposera des recommandations stratégiques et opérationnelles pour structurer une économie créative plus compétitive, plus innovante et plus durable. Il doit aussi servir de cadre de référence pour renforcer la coopération entre les différents acteurs et inscrire les industries culturelles et créatives parmi les leviers du développement économique et du rayonnement du Maroc.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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