Les performances des élèves marocains dans l’édition 2025 de PISA affichent un nouveau recul. Le Maroc obtient 358 points en sciences, 355 en mathématiques et 321 en compréhension de l’écrit. Par rapport à 2022, les baisses atteignent respectivement 7, 10 et 18 points.
Ces résultats ont rapidement alimenté des lectures opposées. L’une les associe aux limites des réformes éducatives engagées au Maroc. L’autre insiste sur l’élargissement de la population couverte par l’enquête pour relativiser la dégradation constatée. Les données avancées dans une tribune publiée par El Alami Kamal montrent cependant une situation plus complexe.
La population marocaine de 15 ans susceptible de participer à PISA a progressé de plus de 30% depuis 2018, alors que la taille globale de cette tranche d’âge est restée stable. Davantage de jeunes restent donc scolarisés suffisamment longtemps pour entrer dans le périmètre de l’évaluation.
Cette évolution modifie la composition de l’échantillon. Des élèves issus de catégories auparavant moins présentes dans PISA sont désormais évalués. Selon les éléments cités de l’OCDE, ce changement pourrait expliquer une partie du recul enregistré en sciences et en lecture.
La tenue des épreuves sur ordinateur ajoute une autre interrogation. Un indicateur relatif à la capacité des établissements à mobiliser les équipements numériques ressort à -0,65 pour le Maroc, contre -0,03 pour la moyenne OCDE. Cette donnée ne permet toutefois pas d’établir un lien direct entre l’utilisation du numérique et les résultats obtenus.
L’élargissement de la population évaluée ne suffit pas non plus à expliquer à lui seul une baisse des scores. Sur la même période, plusieurs systèmes éducatifs ont amélioré leurs performances. La Türkiye gagne notamment 18 points en sciences, 16 en mathématiques et 8 en lecture. Le Cambodge progresse également tout en ayant élargi le périmètre scolaire couvert par l’évaluation.
La question des Établissements pionniers doit, elle, être replacée dans le calendrier de leur déploiement. Les élèves évalués en 2025 avaient effectué leur primaire et l’essentiel de leur collège avant la mise en œuvre de ce dispositif.
L’approche TaRL a commencé à être déployée dans le primaire durant l’année scolaire 2023-2024, tandis que son introduction au collège n’en était qu’à une phase pilote en 2024-2025. Les résultats PISA 2025 ne permettent donc pas de mesurer les effets de cette réforme sur une cohorte qui en aurait bénéficié pendant sa scolarité.
Au-delà de l’évolution des moyennes, les niveaux de maîtrise des compétences fondamentales constituent un autre enseignement important. Selon les données présentées, 13% des élèves marocains atteignent au moins le niveau 2 en lecture. Cette proportion s’établit à 16% en mathématiques et à 23% en sciences.
À titre de comparaison, les proportions observées en moyenne dans l’OCDE évoluent entre 65% et 74% selon la matière. L’écart met en évidence la faiblesse persistante du nombre d’élèves marocains atteignant les seuils minimaux retenus par PISA.
Les données sociales livrent également un constat contrasté. En sciences, 55 points séparent le quart des élèves marocains les plus favorisés du quart le plus défavorisé, contre 85 points en moyenne dans l’OCDE. Parmi les élèves appartenant aux milieux les moins favorisés, 16,4% réussissent à intégrer le quart supérieur des performances, contre 11,9% dans l’OCDE.
L’évolution depuis 2022 est toutefois moins favorable. L’écart entre élèves favorisés et défavorisés s’est accru de 18 points au Maroc. Dans le même temps, il a diminué de 13 points en moyenne au sein de l’OCDE. Le score des élèves marocains défavorisés a reculé de 13 points, tandis que celui des plus favorisés a progressé de 5 points.
La position internationale du Royaume appelle également à la prudence. PISA ne publie pas de classement officiel attribuant un rang précis à chaque pays dans chaque matière. Un classement établi directement à partir des moyennes disponibles situerait le Maroc dans la partie basse du tableau, mais le nombre de participants disposant d’un score publié varie selon les disciplines.
La comparaison à l’échelle africaine reste elle aussi limitée. Seuls cinq pays du continent sont représentés dans PISA 2025, avec le Maroc, Maurice, le Kenya, le Rwanda et la Zambie. L’Algérie, l’Égypte et la Tunisie ne figurent notamment pas dans cette édition.
Les prochaines évaluations internationales fourniront de nouveaux éléments sur l’évolution des apprentissages au Maroc. PIRLS 2026 apportera des données sur la lecture, avant TIMSS 2027 pour les mathématiques et les sciences. Leur calendrier ne permettra toutefois d’observer que partiellement les premières cohortes exposées aux réformes actuellement déployées.
PISA 2025 livre ainsi une photographie d’un système éducatif marocain encore confronté à de faibles niveaux de maîtrise des apprentissages fondamentaux. Les résultats ne permettent pas encore de juger les effets des Établissements pionniers, mais ils documentent les difficultés auxquelles les réformes en cours doivent répondre.


