Au large des Îles Baléares, les secours espagnols ont récupéré 41 migrants vendredi, entassés sur deux embarcations de fortune. L’intervention a mis un terme aux recherches engagées après la disparition de trois bateaux partis des côtes algériennes en direction de l’archipel.
La veille, l’ONG Walking Borders avait alerté sur la perte de contact avec trois embarcations transportant 81 personnes, dont dix femmes et deux nourrissons. Deux d’entre elles ont été interceptées par la marine algérienne. Le troisième bateau a finalement été localisé au large de Majorque, ses passagers secourus par les autorités espagnoles. Une quatrième embarcation, non signalée auparavant, a été repérée au sud d’Ibiza. Là encore, tous les occupants ont été pris en charge.
Ces opérations illustrent la montée en puissance d’un axe devenu central en Méditerranée occidentale. La liaison entre l’Algérie et les Baléares s’impose désormais comme la principale voie de départ vers l’Espagne sur ce corridor maritime, alors même que les arrivées globales dans l’Union européenne ont reculé l’an dernier.
Selon l’Organisation internationale pour les migrations, au moins 483 personnes ont perdu la vie ou sont portées disparues en Méditerranée occidentale en 2023. Une partie significative de ces drames s’est jouée sur cet itinéraire reliant les côtes algériennes à l’archipel espagnol.
L’agence européenne Frontex observe un déplacement progressif des réseaux de passeurs. Les filières, longtemps actives depuis le Maroc, ont redirigé une part croissante de leurs opérations vers l’Algérie. Le renforcement des contrôles marocains et la coopération accrue avec les partenaires européens ont contribué à ce basculement. Les trafiquants privilégient désormais des zones de départ jugées moins contraintes et recourent à des embarcations rapides capables d’atteindre directement les Baléares.
Sur le plan politique, le président Abdelmadjid Tebboune a affiché sa volonté de travailler avec Madrid pour faciliter le retour des ressortissants algériens en situation irrégulière et lutter contre les réseaux criminels. Dans les faits, la route algérienne demeure particulièrement active.
Les chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur montrent une baisse de 25 pour cent des arrivées par mer vers les Baléares entre janvier et la mi février par rapport à l’année précédente. Malgré ce recul ponctuel, l’axe algérien reste le principal point de pression dans la région. Le ministre Fernando Grande-Marlaska a évoqué la possibilité de renforcer la surveillance aérienne de Frontex sur cette route, tout en excluant l’envoi de policiers espagnols ou la fourniture d’équipements à Alger. Madrid mise avant tout sur un échange accru d’informations sécuritaires.
Derrière ces chiffres, une réalité s’impose. Les réseaux de passeurs ont adapté leurs itinéraires aux nouvelles contraintes imposées ailleurs. En se redéployant vers l’Algérie, ils ont fait de la traversée vers les Baléares le principal couloir de l’immigration clandestine en Méditerranée occidentale.
