Le Maroc se distingue par un profil sectoriel relativement solide dans un environnement économique mondial pourtant marqué par le ralentissement, les tensions commerciales et les incertitudes géopolitiques. Dans son nouvel Atlas mondial des risques sectoriels, Allianz Trade ne classe aucun des 18 secteurs étudiés dans le Royaume en risque élevé, tandis que quatre activités bénéficient d’une appréciation favorable.
Le pharmaceutique, l’agroalimentaire, les logiciels et services IT ainsi que l’informatique et les télécoms figurent parmi les secteurs considérés comme les plus résistants. À l’inverse, la construction, le transport, le textile, les métaux et l’énergie concentrent les principales fragilités identifiées par l’étude et sont placés dans la catégorie du risque sensible.
Cette lecture intervient dans un contexte mondial particulièrement contrasté. Allianz Trade anticipe une croissance économique limitée à 2,5% en 2026 avant une remontée à 2,9% en 2027. L’investissement dans l’intelligence artificielle joue un rôle central dans cette dynamique et représenterait à lui seul environ un tiers de la croissance américaine.
Les écarts entre les grandes économies restent toutefois importants. La croissance est attendue à 2,1% aux États-Unis, contre 0,9% dans la zone euro et 4,7% en Chine. Cette dernière continue de s’appuyer sur ses exportations et son industrie technologique malgré une demande intérieure jugée peu dynamique.
Dans ce paysage international fragmenté, la situation marocaine apparaît relativement maîtrisée. Aucun secteur n’entre dans la catégorie correspondant à une crise imminente ou déjà installée. Neuf activités présentent néanmoins un niveau de risque moyen, signe de tensions ou d’un possible ralentissement sans que les fondamentaux ne soient considérés comme durablement détériorés.
L’automobile appartient à cette catégorie, aussi bien pour les constructeurs que pour les équipementiers. Le secteur évolue dans un environnement mondial marqué par une forte pression sur la compétitivité, notamment face aux groupes chinois, ainsi que par la transformation des chaînes de sous-traitance. Allianz Trade relève que 76% des équipementiers européens s’attendent à des marges inférieures à 5% en 2026.
La chimie est également classée en risque moyen au Maroc. À l’échelle internationale, le secteur connaît une reprise irrégulière, avec des écarts croissants entre les producteurs bénéficiant d’une énergie moins chère, notamment aux États-Unis et au Moyen-Orient, et les industriels européens confrontés à des coûts énergétiques plus lourds.
Le papier, l’électronique, la distribution et le commerce, les machines et équipements, l’équipement de transport ainsi que l’équipement électroménager complètent la liste des activités marocaines placées dans cette catégorie intermédiaire.
Les cinq secteurs jugés plus vulnérables présentent des profils différents, mais sont tous confrontés à des difficultés que le rapport considère comme suffisamment persistantes pour justifier une vigilance accrue.
Dans l’énergie, Allianz Trade souligne les écarts entre les producteurs de pétrole et de gaz bénéficiant de cours élevés et les acteurs des renouvelables confrontés à des conditions de financement plus coûteuses. Certains contrats de vente d’électricité ne permettent pas toujours de couvrir convenablement le coût du capital, même si les enjeux de souveraineté et de résilience énergétique peuvent continuer à soutenir les investissements dans les énergies renouvelables.
Le transport reste soumis aux perturbations des grandes routes maritimes, notamment en mer Rouge et autour du détroit d’Ormuz. L’allongement des trajets et le renchérissement du carburant pèsent sur les marges du fret ainsi que sur les activités aériennes et routières.
Le textile marocain est exposé à plusieurs pressions simultanées. La volatilité du prix des matières premières et de l’énergie affecte les coûts de production, tandis que la demande des ménages occidentaux demeure sensible au pouvoir d’achat. La progression des achats de seconde main et des produits à prix réduit entretient les volumes de consommation, mais comprime davantage les marges des entreprises.
La construction souffre pour sa part de conditions de financement encore restrictives, qui continuent de limiter la demande dans les segments résidentiel et commercial. Cette activité est également considérée comme sensible à l’échelle mondiale.
Le secteur des métaux affiche une situation plus contrastée. La demande reste soutenue dans le cuivre, le lithium et les terres rares, sous l’effet de l’électrification et des investissements liés aux infrastructures d’intelligence artificielle. La sidérurgie demeure en revanche confrontée à un environnement plus difficile.
Face à ces cinq poches de vulnérabilité, le classement marocain conserve néanmoins un caractère globalement rassurant. L’absence de secteur placé en risque élevé tranche avec la dégradation observée dans plusieurs économies confrontées à des tensions sur la demande, la rentabilité ou la liquidité.
Allianz Trade fonde son évaluation sur quatre critères principaux, à savoir l’évolution de la demande, la rentabilité des entreprises, leur situation de liquidité et l’environnement des affaires. Cette grille combine les données internes du groupe avec l’analyse de ses spécialistes du risque crédit.
Le résultat fait apparaître une économie marocaine qui résiste aux tensions internationales sans être totalement à l’abri des fragilités sectorielles. La construction, le transport, le textile, les métaux et l’énergie concentrent aujourd’hui l’essentiel des points de vigilance, tandis que les secteurs liés à la santé, à l’alimentation et au numérique affichent les fondamentaux les plus solides.


