Le recul de l’euro face au dollar a ravivé l’intérêt pour le blé européen sur ses marchés phares, au premier rang desquels le Maroc, premier client hors Union européenne. Mercredi, cette détente monétaire a soutenu les cours à Paris, alors que la veille, les prix avaient atteint leur plus bas niveau depuis la fin décembre.
Le contrat de blé meunier pour mars a terminé la séance à 190 euros la tonne sur Euronext, en hausse de 1,5 %. La veille, il avait glissé jusqu’à 187 euros, un seuil qui avait bridé les intentions de vente des producteurs d’Europe de l’Ouest. À Chicago, les cours ont progressé de 2,6 %, portés par la dynamique haussière des matières premières agricoles.
Ce rebond intervient après une tension passagère provoquée par la flambée de l’euro mardi, alors à son plus haut niveau depuis 2021 face au dollar. Une situation qui avait immédiatement réduit la compétitivité des céréales européennes à l’exportation. Dans un marché où le Maroc reste un débouché stratégique, cette fragilité de l’euro renverse momentanément la tendance.
L’Union européenne, qui a longtemps dominé les exportations de blé vers le Royaume, fait désormais face à une concurrence directe de l’Argentine. Des origines alternatives qui séduisent Rabat par leurs prix plus agressifs. Pour les opérateurs, chaque variation de l’euro pèse désormais lourd dans la capacité à rester présent sur ce marché clé.
Un négociant allemand estime que les prix autour de 188 euros sur Euronext permettraient aux blés européens de retrouver un positionnement viable vers le Maroc. À ce niveau, les offres sont jugées plus attractives sans pour autant forcer les agriculteurs à céder à perte. En dessous des 190 euros, ces derniers freinent les ventes, attendant des valorisations plus rémunératrices sur le marché physique.
En parallèle, le maïs français profite d’une demande soutenue au sein de l’Union, portée notamment par l’Espagne et le sud du continent. L’absence de maïs ukrainien et les contraintes logistiques hivernales renforcent cette dynamique. Les tensions commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis semblent en voie d’apaisement, ce qui pourrait également rediriger une partie des flux américains vers l’Europe du Sud.
Dans cette bataille des origines, chaque centime gagné ou perdu sur les taux de change influe directement sur les positions commerciales. Pour les opérateurs européens, rester compétitifs au Maroc passe désormais par une lecture fine de la parité euro-dollar.
