L’Espagne peine à gérer les milliers de migrants toujours bloqués à Sebta

Plusieurs milliers de migrants se trouvent toujours à Sebta, ville marocaine sous administration espagnole, après les arrivées massives enregistrées la semaine dernière. Des centaines d’entre eux ont installé un campement de fortune sur la plage d’El Trampolín, faute de solution d’hébergement.

Les images tournées sur place montrent principalement des ressortissants d’Afrique subsaharienne allongés sur le sable. Certains se couvrent avec des serviettes pour se protéger du vent, tandis que des véhicules militaires et policiers surveillent la route longeant la plage.

Le président du gouvernement local, Juan Jesús Vivas, estime qu’entre 3 000 et 5 000 personnes demeurent dans la ville. Les deux centres d’accueil réservés respectivement aux adultes et aux mineurs ne peuvent plus absorber de nouvelles arrivées.

Les autorités locales traitent également les dossiers de 862 mineurs, soumis à un régime de protection particulier qui empêche leur expulsion immédiate. Leur prise en charge exerce une pression supplémentaire sur des services sociaux déjà saturés.

Près de 69 500 personnes auraient quitté Sebta au cours des quatre derniers jours, selon les chiffres communiqués par les autorités espagnoles. Ce bilan dépasse largement les premières estimations, qui faisaient état d’environ 50 000 entrées.

Le nombre de décès recensés par les autorités espagnoles atteint désormais 72. La rapidité des arrivées et l’ampleur des mouvements ont désorganisé les dispositifs de secours, de contrôle et d’accueil déployés dans la ville.

De nombreux migrants ont renoncé à rester en raison de la fermeture des commerces, du manque de nourriture et de l’hostilité rencontrée auprès d’une partie de la population. L’impossibilité de rejoindre la péninsule espagnole a également poussé une grande partie d’entre eux à repartir.

Pour ceux qui demeurent sur place, la situation reste précaire. L’accès aux produits de première nécessité est limité et les capacités d’hébergement ont atteint leurs limites. Les autorités espagnoles peinent désormais à proposer une réponse durable aux personnes qui refusent ou ne peuvent pas quitter la ville.

La crise a également provoqué de fortes tensions au sein de l’Union européenne. Madrid réclame le soutien de ses partenaires après avoir critiqué plusieurs gouvernements européens pour leurs réactions jugées excessives et polarisantes.

Une réunion d’urgence des ministres européens de l’Intérieur doit se tenir par visioconférence. Les discussions porteront sur le contrôle des frontières, les déplacements éventuels vers d’autres pays européens et l’aide à apporter aux autorités espagnoles.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a particulièrement visé le gouvernement italien, accusé d’avoir amplifié certaines informations erronées sur la situation. Rome a adopté une ligne plus ferme, tandis que plusieurs autres capitales ont renforcé leurs contrôles.

Les services espagnols de renseignement se retrouvent parallèlement sous pression. Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a reconnu ne pas avoir reçu d’alerte annonçant une arrivée d’une telle ampleur.

Cette absence d’anticipation aurait provoqué des tensions entre les ministères de l’Intérieur et de la Défense. Cette dernière supervise le Centre national de renseignement, dont les informations et les méthodes restent couvertes par le secret.

La ministre de la Défense, Margarita Robles, n’a pas précisé si les services disposaient d’éléments préalables. Au-delà de la crise migratoire, l’épisode révèle les failles du dispositif espagnol. Les structures d’accueil se sont rapidement effondrées, les services de renseignement n’ont pas fourni d’alerte publique et Madrid dépend désormais d’une réponse européenne pour gérer les milliers de personnes encore présentes.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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