La Berd revoit ses perspectives de croissance dans un environnement international plus tendu, avec un impact direct sur la région Méditerranée du sud et de l’est, dont fait partie le Maroc. L’institution anticipe désormais une croissance globale de 3,1 % en 2026 dans ses régions d’intervention, contre 3,4 % en 2025.
Cette prévision marque une révision à la baisse de 0,5 point par rapport aux projections publiées en février. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement attribue ce recul au choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient, qui pèse particulièrement sur l’Europe et sur les économies exposées aux tensions sur les prix de l’énergie, du transport maritime et des produits alimentaires.
La zone Méditerranée du sud et de l’est est celle dont les prévisions ont été le plus fortement revues à la baisse. Elle regroupe l’Égypte, l’Irak, la Jordanie, le Maroc, la Tunisie et le Liban. Pour ces pays, l’environnement régional devient plus contraignant, entre hausse des prix du pétrole et du gaz, perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz et regain d’inflation alimenté par l’énergie et l’alimentation.
Le Maroc apparaît dans cette lecture comme une économie intégrée à un espace régional directement exposé aux effets de la guerre au Moyen-Orient, même si le choc le plus marqué concerne le Liban. Dans ce pays, la Berd prévoit une contraction de 2 % de l’économie en 2026, alors qu’elle anticipait encore une croissance de 4 % en février. L’institution évoque un possible rebond l’an prochain, à condition que la paix soit rétablie.
Pour la Berd, le conflit constitue « un nouveau choc » pour des régions déjà fragilisées par la faiblesse de leurs industries manufacturières et par des finances publiques sous pression, selon Beata Javorcik, cheffe économiste de l’institution. Cette dégradation intervient alors que l’inflation, qui s’était modérée à la fin de 2025, repart à la hausse dans l’ensemble des régions suivies, principalement sous l’effet des prix de l’énergie et de l’alimentation.
L’Europe est particulièrement pénalisée. Plus dépendante des importations d’hydrocarbures, elle subit un écart croissant avec les États-Unis sur le coût de l’énergie. Selon la Berd, l’écart entre les prix du gaz en Europe et aux États-Unis dépasse désormais un facteur de cinq. Les prix de l’électricité restent eux aussi nettement plus élevés en Europe, ce qui pèse sur les industries les plus consommatrices d’énergie.
Cette situation concerne indirectement les partenaires économiques du continent, dont le Maroc, à travers les échanges industriels, les chaînes d’approvisionnement, les coûts énergétiques et la demande européenne. La Berd souligne ainsi que le choc énergétique ne se limite pas aux pays directement touchés par le conflit. Il se diffuse par les prix, le commerce et la confiance des investisseurs.
Fondée en 1991 pour accompagner la transition des pays de l’ex-bloc soviétique vers l’économie de marché, la Berd a progressivement élargi son périmètre à des pays du Moyen-Orient, d’Asie centrale, d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne. En avril, elle avait annoncé son intention de mobiliser 5 milliards d’euros en 2026 dans des pays et territoires touchés par la guerre au Moyen-Orient, notamment l’Irak, la Jordanie, le Liban, la Cisjordanie et Gaza.
Pour le Maroc, le message de la Berd tient surtout à la vigilance. Le pays n’est pas présenté comme l’épicentre du choc, mais il évolue dans une région dont les perspectives sont revues à la baisse. La trajectoire de croissance dépendra donc aussi de facteurs externes, notamment l’évolution des prix de l’énergie, la stabilité du transport maritime et la capacité de l’Europe à absorber un choc qui pèse déjà sur son industrie.

