Nasser Bourita plaide pour des mandats onusiens réalistes

Le Maroc défend une réforme plus lucide du maintien de la paix. À Rabat, Nasser Bourita a appelé à adapter les mandats des opérations onusiennes aux réalités du terrain, estimant que des missions mal calibrées risquent de figer les crises au lieu de contribuer à leur règlement.

Le ministre des Affaires Étrangères, de la Coopération Africaine et des Marocains résidant à l’Étranger s’exprimait mercredi à l’ouverture de la 2e Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone. Il a rappelé que l’accueil de cette rencontre au Maroc traduit l’attachement du Royaume aux valeurs de paix, de coopération et de solidarité internationale, conformément aux Très Hautes Orientations de S.M le Roi Mohammed 6, que Dieu L’assiste.

Pour Nasser Bourita, les opérations de maintien de la paix doivent reposer sur des objectifs réalistes, hiérarchisés et régulièrement réévalués. Il a plaidé pour des mandats adossés à de véritables stratégies politiques, capables de produire des résultats concrets plutôt que de prolonger des engagements irréalisables.

Le ministre a situé cette réflexion dans un contexte international tendu, marqué par les divisions au Conseil de sécurité, l’évolution des conflits et la pression sur les ressources disponibles. Il a également alerté sur la dégradation des environnements d’intervention, où les Casques bleus font face à des menaces asymétriques, à des groupes armés non étatiques et à des mouvements séparatistes liés à des organisations terroristes.

Face à ces risques, Rabat appelle à une politique de tolérance zéro contre les crimes visant le personnel de maintien de la paix. Nasser Bourita estime que l’enjeu n’est pas de choisir entre le maintien des missions existantes et leur abandon, mais de réformer un outil central du multilatéralisme pour le rendre plus souple, plus efficace et mieux adapté aux populations concernées.

Le Maroc parle aussi au nom d’une longue expérience opérationnelle. Depuis 1960, plus de 100 000 Casques bleus marocains ont été déployés dans le monde. Près de 1 340 militaires marocains servent encore aujourd’hui, principalement au sein de la MINUSCA en République centrafricaine et de la MONUSCO en République démocratique du Congo.

Cette contribution donne au Royaume une légitimité particulière dans le débat sur l’avenir du maintien de la paix. Nasser Bourita a également appelé l’espace francophone à transformer son poids opérationnel en influence politique et doctrinale, alors qu’il accueille près des deux tiers des missions en cours et mobilise près de 60 % du budget onusien consacré à ce secteur.

Rabat plaide ainsi pour une vision francophone commune, un renforcement des capacités humaines, une meilleure architecture de formation et davantage d’interopérabilité entre contingents. Le Maroc se dit prêt à y contribuer, notamment à travers le Centre de formation d’excellence pour le maintien de la paix de Benslimane.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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