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Pourquoi BNP Paribas tourne la page du Maroc

Pourquoi BNP Paribas tourne la page du Maroc

BNP Paribas poursuit sa stratégie de recentrage. La banque française a annoncé fin 2025 son intention de céder les 67 % qu’elle détient dans la BMCI, sa filiale marocaine, au groupe Holmarcom. Une opération qui s’inscrit dans un mouvement plus large de rationalisation de ses activités, alors que le groupe affiche des résultats historiques, mais reste exposé à des risques juridiques majeurs.

Le désengagement du Maroc n’est pas isolé. Quelques jours avant cette annonce, BNP Paribas officialisait la vente de sa participation dans AG Insurance à l’assureur belge Ageas pour près de 2 milliards d’euros. En parallèle, la banque mène une réorganisation profonde de sa filiale de gestion d’actifs, récemment renforcée par le rachat d’Axa IM pour 5,1 milliards, mais qui entraînera la suppression de plus d’un millier de postes, dont 600 en France.

Ces opérations témoignent de la volonté de concentrer les ressources sur les activités jugées prioritaires, réduire les doublons et optimiser les structures. Dans ce contexte, la BMCI ne faisait plus partie du cœur stratégique de BNP Paribas. Depuis plusieurs années, la banque revoit à la baisse sa présence dans plusieurs marchés africains, notamment ceux jugés moins rentables ou éloignés de ses axes de développement principaux.

Mais la situation marocaine ne se limite pas à une logique comptable. Le groupe français s’était retrouvé mêlé à un contentieux complexe impliquant l’homme d’affaires marocain Mohamed Abroune, dans un dossier de litige autour d’actifs bancaires. Si ce différend n’est pas officiellement cité dans les motivations de la cession, il a contribué à dégrader le climat autour de l’enseigne. Dans un marché en pleine mutation, BNP Paribas semblait de plus en plus à l’étroit.

Le repreneur, Holmarcom, est un acteur de poids dans le paysage économique marocain, déjà présent dans les secteurs de l’assurance, de la finance et de l’agro-industrie. Le groupe affiche l’ambition de renforcer sa présence bancaire, notamment via sa filiale Crédit du Maroc, acquise auprès du Crédit Agricole en 2022. Avec la BMCI, Holmarcom élargit encore son empreinte et confirme sa stratégie de constitution d’un pôle financier national puissant.

Pendant ce temps, BNP Paribas savoure une année record sur le plan financier. Le groupe a dépassé les 12 milliards d’euros de bénéfices nets, soutenu par de solides performances dans la banque de détail et les services aux grandes entreprises. Le quatrième trimestre s’est terminé sur un bénéfice net de près de 3 milliards, en progression de 28 % sur un an.

Mais ce tableau est terni par un dossier judiciaire aux États-Unis. En octobre, un tribunal civil a reconnu la responsabilité de la banque dans des exactions commises au Soudan. Trois plaignants soudanais ont obtenu 20,75 millions de dollars de dommages et intérêts, une première décision dans un dossier plus large qui regroupe des milliers de plaintes similaires.

BNP Paribas, déjà sanctionnée en 2014 pour violation d’embargos américains, prépare un appel qu’elle déposera début février. En attendant, aucune provision spécifique n’a été intégrée à ses comptes pour couvrir les risques liés à cette nouvelle affaire.

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