Pourquoi l’Espagne militarise autant Sebta au nord du Maroc

Sur à peine 19 km², Sebta concentre une présence militaire espagnole sans commune mesure avec la superficie du territoire. Installations fortifiées, infrastructures militaires réparties sur les hauteurs et unités terrestres permanentes témoignent de l’importance stratégique accordée par Madrid à cette ville située sur la rive africaine du détroit de Gibraltar.

Mais pour comprendre ce dispositif, il faut remonter bien avant la présence espagnole. Sebta n’est pas née comme une implantation européenne en Afrique du Nord. Les travaux historiques de Cambridge consacrés à l’expansion portugaise la décrivent comme une ville portuaire marocaine au moment où les forces du roi Jean Ier du Portugal s’en emparent en 1415. Cette conquête militaire marque le début de l’expansion portugaise en Afrique du Nord.

Avant cette rupture, la ville appartenait à l’espace politique du Maghreb et se trouvait alors sous domination mérinide. La prise de 1415 constitue donc un élément central de l’argumentaire historique marocain. La présence européenne à Sebta commence par une conquête menée contre une ville déjà intégrée aux structures politiques de la région, et non par la création d’une cité sur un territoire dépourvu d’autorité.

Le passage sous souveraineté espagnole intervient plus de deux siècles plus tard. En 1668, dans le cadre du traité de Lisbonne, le Portugal cède Sebta à l’Espagne. Les recherches historiques consacrées à cette période établissent que ce transfert s’effectue entre les deux monarchies ibériques. Le Maroc n’est pas partie à l’accord.

Cette succession d’événements nourrit la lecture marocaine du dossier. Une ville du nord du Maroc est conquise par le Portugal au XVe siècle avant d’être transférée au XVIIe siècle à une autre puissance européenne. À cela s’ajoute une réalité géographique immédiate puisque Sebta se situe sur le continent africain, accolée au territoire marocain et séparée de la péninsule Ibérique par le détroit de Gibraltar.

Rabat a maintenu officiellement sa revendication. Lors de la ratification de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer en 2007, le Maroc a formulé une déclaration relative aux territoires administrés par l’Espagne sur la côte nord-africaine. Madrid a répondu en 2008 en réaffirmant que Sebta et Melilia faisaient partie intégrante du Royaume d’Espagne et qu’elle y exerçait sa souveraineté. Les archives des Nations unies consignent ainsi directement les deux positions opposées.

Cette divergence reste essentielle pour lire la forte présence militaire espagnole à Sebta. L’Espagne administre aujourd’hui la ville et lui reconnaît un statut autonome dans son organisation institutionnelle. Le cadre juridique espagnol traite Sebta comme une ville dotée d’un statut d’autonomie, tandis que le Maroc continue d’en revendiquer la souveraineté.

Sur le terrain, Madrid entretient une présence permanente de ses forces armées. Plusieurs composantes de l’armée de terre y sont stationnées et les infrastructures militaires occupent une place importante sur un territoire pourtant très réduit. Les observations disponibles en source ouverte montrent également des ouvrages fortifiés et différentes installations sur les hauteurs, même si leur fonction exacte ne peut pas toujours être déterminée à partir des seules images satellites.

Cette prudence vaut également pour les équipements militaires. Certaines informations circulant en source ouverte sur les matériels déployés à Sebta sont établies, tandis que d’autres restent difficiles à confirmer de manière indépendante. Il serait donc excessif de tirer des images satellites seules des conclusions précises sur la totalité des capacités militaires présentes dans la ville.

L’importance du dispositif n’en reste pas moins révélatrice de la valeur stratégique accordée à Sebta par l’Espagne. Sur un territoire de seulement quelques dizaines de kilomètres carrés, Madrid maintient des unités, des infrastructures défensives et des capacités militaires permanentes.

Pour le Maroc, cette présence s’inscrit dans une histoire commencée en 1415 par la conquête portugaise d’une ville alors rattachée au monde politique marocain, puis prolongée par son transfert à l’Espagne en 1668. Madrid oppose à cette lecture plusieurs siècles d’administration et son ordre constitutionnel actuel.

Les images satellites ne tranchent évidemment pas un contentieux historique et politique. Elles rendent toutefois visible une réalité contemporaine avec un territoire minuscule mais fortement militarisé, dont l’histoire antérieure à la conquête européenne demeure au cœur de la revendication marocaine.

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