Soutien au Maroc : l’Algérie accentue sa pression commerciale sur la France

L’Algérie accentue son bras de fer avec la France. Après avoir fermé son marché à plusieurs produits français, Alger s’attaquerait désormais aux livraisons d’urée, un engrais indispensable à l’agriculture française. Selon des informations recueillies auprès de diplomates et de professionnels du secteur, les autorités algériennes auraient demandé aux producteurs nationaux de suspendre leurs expéditions vers l’Hexagone.

Cette nouvelle offensive commerciale intervient dans un climat de crispation persistante entre les deux capitales. Depuis que Paris a officiellement soutenu, en 2024, la souveraineté du Maroc sur son Sahara et le plan d’autonomie proposé par Rabat, les relations franco-algériennes traversent une succession de crises. Les tentatives de rapprochement engagées en 2025 n’ont pas permis de rétablir durablement le dialogue.

La position française sur le Sahara marocain demeure ainsi l’un des principaux points de rupture avec Alger. En apportant son appui à la proposition marocaine d’autonomie, Emmanuel Macron a opéré un rapprochement diplomatique majeur avec Rabat, au grand mécontentement des autorités algériennes.

Les conséquences de cette confrontation dépassent désormais le cadre diplomatique. L’Association française des fabricants et importateurs d’engrais (Afcome) et l’Association générale des producteurs de blé (AGPB) estiment que les éventuelles restrictions algériennes pourraient compromettre près de 30 % des importations françaises d’urée.

Trois diplomates interrogés par Reuters ont confirmé avoir été informés de consignes visant à interrompre ces exportations. Six représentants diplomatiques français et européens ont également fait état d’un dispositif beaucoup plus large, instauré fin juillet, qui empêcherait l’entrée de la quasi-totalité des marchandises françaises sur le marché algérien.

La méthode attribuée à Alger se distingue par son opacité. Aucune décision publique n’a été annoncée pour officialiser ces mesures, alors que plusieurs sources diplomatiques assurent qu’elles sont déjà appliquées. Cette absence de communication rappelle le précédent du blé français, dont les achats par l’Algérie ont cessé en 2024. Selon plusieurs diplomates, Alger aurait même contesté l’existence de restrictions commerciales lors d’échanges avec des responsables français.

Du côté de Paris, le ministère des Affaires étrangères affirme n’avoir reçu aucune notification officielle. Il rappelle que les questions commerciales relèvent des institutions européennes et assure suivre attentivement l’évolution du dossier.

La France a déjà porté le différend devant ses partenaires européens. Lors d’une réunion organisée le 12 octobre, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a abordé les entraves imposées aux exportations françaises. Un document européen confirme que les restrictions algériennes ont été évoquées à cette occasion.

La situation soulève également des interrogations sur les rapports commerciaux entre Alger et Bruxelles. L’Algérie dispose d’un accord avec l’Union européenne, mais les mesures rapportées semblent cibler spécifiquement les entreprises françaises, plutôt que l’ensemble des fournisseurs européens.

Les statistiques douanières françaises illustrent l’ampleur de la dégradation économique. En 2025, les ventes françaises à destination de l’Algérie ont chuté d’environ 12 %, pour atteindre 4,2 milliards d’euros. Sur les huit premiers mois de 2026, elles ont encore reculé de 12 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Le mouvement touche également les exportations algériennes vers la France, essentiellement composées d’hydrocarbures. Leur valeur s’est contractée de 18 % en 2025, à 5,1 milliards d’euros, avant d’enregistrer une nouvelle baisse de 11 % entre janvier et août 2026.

Cette détérioration intervient alors que les autorités algériennes multiplient les différends diplomatiques avec des pays ayant pris position en faveur du Maroc sur la question du Sahara. En septembre, Alger a également rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, autre partenaire international soutenant la position marocaine.

Selon plusieurs analystes, les nouvelles pressions commerciales pourraient aussi répondre à des considérations politiques liées à la présidentielle française de 2027. Alger chercherait à peser sur le contexte politique précédant l’arrivée d’un nouveau chef de l’État français, tout en conservant la possibilité de desserrer ultérieurement les restrictions.

L’éventuelle suspension des livraisons d’urée risque toutefois d’avoir des répercussions immédiates sur le secteur agricole français. Déjà confrontés à l’augmentation du coût des intrants, les exploitants doivent composer avec les perturbations des circuits d’approvisionnement provoquées par la guerre en Iran et ses conséquences sur les exportations d’engrais du Golfe.

La hausse des prix du gaz, matière première essentielle à la fabrication des fertilisants azotés, complique davantage la situation. Les agriculteurs français commencent précisément à préparer leurs achats pour les cultures du printemps 2027.

Cédric Benoist, secrétaire général adjoint de l’AGPB chargé des engrais, redoute une nouvelle augmentation des charges si les volumes algériens venaient effectivement à disparaître du marché français.

L’Afcome appelle néanmoins à la prudence. Son responsable des affaires publiques, Emmanuel Nizon, souligne qu’il reste prématuré de confirmer une interruption effective des expéditions. Les variations des volumes échangés peuvent également résulter de l’évolution des prix et des conditions du marché.

Au-delà des incertitudes entourant l’application de ces mesures, le nouvel épisode confirme la profondeur du contentieux entre Paris et Alger. Alors que la France maintient son soutien au plan marocain d’autonomie pour le Sahara, les restrictions commerciales attribuées aux autorités algériennes ajoutent un nouveau point de friction à des relations déjà fortement dégradées.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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