Energie et engrais : Coface cite le Maroc dans son baromètre risques

Le choc provoqué par la crise du détroit d’Ormuz rebat les cartes du risque économique mondial. Dans son baromètre de juin 2026, Coface alerte sur les effets durables de la guerre au Moyen-Orient, entre flambée des prix de l’énergie, tensions sur les chaînes d’approvisionnement, hausse des coûts des intrants et durcissement des conditions financières.

Le Maroc apparaît dans cette lecture comme l’une des économies africaines les plus exposées aux effets énergétiques du choc. Coface rappelle que la consommation de produits pétroliers sur le continent est surtout concentrée dans les économies les plus industrialisées, dont l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria et le Maroc. Cette position traduit le niveau de développement industriel du Royaume, mais elle l’expose aussi davantage aux tensions sur les prix du pétrole et des produits dérivés.

L’impact ne se limite pas à l’énergie. Le rapport souligne que l’ensemble des pays africains devrait subir les retombées du nouveau choc inflationniste, notamment si les prix alimentaires progressent sous l’effet de la hausse des intrants, des pénuries d’engrais et de conditions climatiques défavorables. Coface anticipe, dans ce contexte, une baisse de la croissance du PIB africain en 2026 et 2027.

Le Maroc se distingue toutefois par un autre rôle, plus stratégique. Dans son analyse du déclassement du risque pays de la Tanzanie, Coface indique que plus de 55 pour cent des importations tanzaniennes d’engrais proviennent du Maroc et du Golfe. Cette donnée replace le Royaume au cœur d’un enjeu africain majeur, celui de la sécurité agricole et de l’approvisionnement en intrants essentiels.

Cette double lecture donne au Maroc une place particulière dans le baromètre. Le pays est concerné par les risques liés à sa dépendance aux produits pétroliers, mais il figure aussi parmi les fournisseurs dont dépend une partie de l’agriculture africaine. La crise du Moyen-Orient met ainsi en lumière la vulnérabilité énergétique du continent, tout en renforçant la visibilité des acteurs capables d’alimenter les chaînes agricoles régionales.

Coface a abaissé sa prévision de croissance mondiale à 2,3 pour cent en 2026, avant un léger rebond à 2,5 pour cent en 2027. Le groupe évoque des pressions stagflationnistes persistantes, avec une inflation plus élevée et une activité moins dynamique. Dans ce climat, il a procédé à huit déclassements de pays et à plus de 45 modifications d’évaluations sectorielles.

L’Afrique n’est pas touchée de manière uniforme. Les pays exportateurs de minerais et d’hydrocarbures, comme l’Algérie, l’Angola, la Guinée ou la Zambie, pourraient disposer de ressources supplémentaires pour amortir le choc. À l’inverse, les économies dont les finances publiques ou les comptes extérieurs se sont déjà détériorés apparaissent plus fragiles.

Le cas marocain illustre cette complexité. Le Royaume n’est pas cité parmi les pays déclassés, mais son profil ressort dans l’analyse régionale. Son industrialisation l’expose aux coûts de l’énergie, tandis que son poids dans les engrais lui donne une fonction d’amortisseur potentiel pour certaines économies agricoles africaines.

Dans un contexte où le commerce mondial reste perturbé par les tensions logistiques, la hausse des coûts de transport et l’incertitude géopolitique, le Maroc apparaît comme un acteur à surveiller. Non pas seulement comme économie exposée au choc, mais comme maillon stratégique dans une Afrique confrontée à la double pression de l’énergie et de l’alimentation.

L'invité du Nouvelliste Maroc

spot_img