Stocks européens de pétrole au plus bas depuis 2014 : le Maroc sous pression

La chute des stocks pétroliers européens intervient au plus mauvais moment pour les pays dépendants des importations. Au Maroc, où le gazole occupe une place centrale dans le transport et l’activité économique, la contraction des réserves du hub Amsterdam-Rotterdam-Anvers se combine aux incertitudes entourant les approvisionnements russes et le détroit d’Ormuz.

Fin mai, les stocks indépendants de produits pétroliers entreposés dans la zone ARA ont reculé jusqu’à leur niveau le plus faible depuis novembre 2014. Les réserves de carburéacteur et de kérosène ont notamment diminué de 4,6 pour cent, tandis que celles de fioul ont atteint 539 000 tonnes après une baisse de 3,1 pour cent. Ce repli traduit l’accélération des sorties et la faiblesse des arrivages sur l’une des principales plateformes énergétiques européennes.

Pour le Maroc, le signal est loin d’être anodin. Le Royaume ne dispose plus de capacité nationale de raffinage et couvre l’essentiel de ses besoins par des achats de produits finis. Le ministère de la Transition énergétique indiquait début avril que les réserves disponibles représentaient 51 jours de consommation pour le diesel et 55 jours pour l’essence. Ce niveau constituait un coussin de sécurité, sans pour autant mettre le marché à l’abri d’une hausse durable des prix internationaux ou d’un allongement des délais de livraison.

La Russie est devenue l’un des principaux fournisseurs de gazole du Maroc depuis la réorientation des flux provoquée par les sanctions occidentales. Les données maritimes citées par Reuters plaçaient encore le Royaume parmi les premiers acheteurs de diesel russe en mars 2026. D’autres données attribuées à Kpler font état de 489 000 tonnes importées au cours des premiers mois de l’année, soit environ 45 pour cent des achats marocains de diesel sur cette période.

Cette dépendance offre au Maroc une source d’approvisionnement compétitive, mais elle l’expose aussi aux perturbations touchant l’appareil énergétique russe. Les frappes ukrainiennes contre des infrastructures pétrolières et les difficultés rencontrées par certaines raffineries ont resserré l’offre de distillats. Les marges mondiales du diesel ont atteint des niveaux élevés, signe que le marché manque davantage de produits raffinés que de pétrole brut.

À cette première fragilité s’ajoute la crise du détroit d’Ormuz. Avant le conflit, environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié empruntait cette voie maritime. Les affrontements entre Washington et Téhéran, le rétablissement du blocus américain sur les ports iraniens et les menaces pesant sur la navigation ont déjà ravivé la prime de risque sur les cours. Le Brent évoluait jeudi autour de 85 dollars le baril, après avoir atteint un sommet d’un mois.

Washington cherche pourtant à éviter un emballement des marchés. Donald Trump a affirmé que le détroit restait ouvert au trafic commercial. Le département américain de l’Énergie a également indiqué que 8,5 millions de barils avaient franchi le passage en une journée avec une assistance militaire, un volume présenté comme conforme au rythme récent. Ces déclarations rassurantes contrastent néanmoins avec la reprise des frappes, les attaques contre des navires et les conditions posées par l’Iran à un retour durable de la circulation.

Le risque immédiat pour le Maroc n’est donc pas nécessairement une rupture physique des approvisionnements. Il réside davantage dans la combinaison de trois tensions. Les stocks européens sont faibles, les exportations russes de diesel deviennent plus incertaines et les routes énergétiques du Golfe restent exposées à une nouvelle escalade.

Dans ce contexte, les importateurs marocains pourraient être contraints de rechercher davantage de cargaisons en Europe, aux États-Unis ou en Asie. Or ces marchés sont déjà sollicités par plusieurs pays cherchant à remplacer des volumes perdus au Moyen-Orient ou en Russie. Cette concurrence peut renchérir le prix du gazole, le coût du fret maritime et les primes d’assurance, même en l’absence de pénurie déclarée.

La baisse des stocks ARA agit ainsi comme un avertissement. Le Maroc dispose encore de réserves et de plusieurs voies d’approvisionnement, mais sa dépendance aux importations l’expose directement aux soubresauts d’un marché où les marges de sécurité se réduisent. Une détente durable dépendra autant de la reprise des flux russes que d’une stabilisation réelle du détroit d’Ormuz, au-delà des assurances venues de Washington.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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