Les autorités espagnoles peinent à gérer la présence de centaines de mineurs non accompagnés à Sebta après l’arrivée de 72.000 migrants en l’espace d’une semaine. Le gouvernement local réclame désormais leur transfert vers la péninsule, alors que les capacités d’accueil sur place sont largement dépassées.
La majorité des personnes arrivées durant cet épisode a depuis regagné le Maroc. Environ 1.100 mineurs non accompagnés, présents avant ou pendant cet afflux, demeurent toutefois à Sebta. Leur situation juridique empêche toute mesure de retour immédiat.
Faute de places suffisantes, certains sont hébergés dans des entrepôts transformés en structures provisoires. D’autres dorment dans la rue. Cette situation met en évidence les limites du dispositif espagnol de prise en charge, alors même que les autorités disposaient déjà d’un cadre légal destiné aux territoires confrontés à une saturation de leurs centres.
Selon le bilan communiqué, près de 75 personnes ont perdu la vie durant les événements de la semaine dernière. Cette crise a ravivé les inquiétudes au sein de l’Union européenne et replacé la gestion migratoire espagnole au centre des critiques.
La prise en charge des mineurs provoque aussi de nouvelles tensions politiques en Espagne. Le Parti populaire et Vox, qui gouvernent ensemble dans quatre régions, s’opposent sur l’application du mécanisme de répartition prévu par la loi.
Le dirigeant de Vox a affirmé qu’aucun financement espagnol ne devait être consacré à ces mineurs. Cette position complique davantage une procédure déjà ralentie par les divergences entre les régions et le gouvernement central.
Même en cas d’accord, la relocalisation pourrait durer plusieurs mois. Chaque dossier nécessite des entretiens, des rapports individualisés et des démarches auprès des pays d’origine pour déterminer si un retour familial reste possible.
Le chef du gouvernement local de Sebta, Juan Jesus Vivas, a publiquement demandé l’aide de la péninsule ibérique. Interrogé par RTVE, il a décrit une situation insoutenable.
Depuis la réforme de la législation espagnole sur l’immigration adoptée en 2025, les mineurs non accompagnés présents dans des territoires saturés doivent être transférés dans un délai de quinze jours après la finalisation de leur dossier.
Cette réforme avait déjà provoqué une crise entre Vox et le Parti populaire. En 2024, le parti d’extrême droite avait quitté cinq gouvernements régionaux après le soutien du PP à un projet de relocalisation de 400 mineurs arrivés aux îles Canaries.
Depuis l’entrée en vigueur du nouveau dispositif, 719 mineurs ont été transférés des Canaries vers la péninsule, selon des données publiées en avril 2026. Plus de 400 jeunes arrivés à Sebta ont également été orientés vers d’autres régions.
La nouvelle crise menace de raviver les divisions entre le PP et Vox, qui cherchent pourtant à présenter leurs coalitions régionales comme un modèle en vue des élections nationales prévues l’année prochaine.
Elle expose également les fragilités de la politique migratoire espagnole sur le plan européen. L’Italie a suspendu pendant un mois ses accords de libre circulation dans l’espace Schengen avec l’Espagne après les événements survenus à Sebta.
Après avoir réclamé le retour de l’ensemble des migrants, Alma Ezcurra, responsable du Parti populaire, a reconnu qu’une procédure régulière devait être menée pour identifier les personnes susceptibles d’être mineures. Elle a également admis que les autorités espagnoles ne disposaient pas encore d’un nombre précis.
Le gouvernement espagnol a débloqué 25 millions d’euros pour financer la prise en charge des mineurs présents à Sebta.
Miguel Angel Perez, représentant du gouvernement espagnol sur place, a appelé les autres régions à participer à leur accueil. Il a estimé que la répartition devait permettre une meilleure prise en charge et rappelé que la législation en vigueur devait être appliquée.


