Retour de Sebta au Maroc : l’issue que Foreign Policy estime inévitable

La question de Sebta revient dans le débat international sous la plume de Howard W. French. Dans une analyse publiée par Foreign Policy, le professeur à l’Université Columbia et ancien correspondant du New York Times estime que le maintien de la ville sous administration espagnole constitue une situation historique qui pourrait difficilement perdurer. Il défend à terme sa restitution au Maroc.

Son raisonnement replace d’abord Sebta dans une histoire longue. La prise de la ville par le Portugal en 1415 est présentée comme l’un des premiers jalons de l’expansion européenne en Afrique. Plus de six siècles après cet épisode, Howard W. French considère que la présence espagnole sur la rive africaine du détroit apparaît de plus en plus en décalage avec les réalités contemporaines.

Le chroniqueur ne limite pas son argumentation au passé colonial. Il s’appuie également sur les transformations démographiques de l’Europe et de l’Afrique ainsi que sur les tensions migratoires observées autour de Sebta. À ses yeux, la gestion durable d’une frontière terrestre européenne sur le continent africain devient particulièrement complexe dans ce contexte.

Les coûts associés au maintien du dispositif frontalier entrent également dans son analyse. Les épisodes migratoires successifs nécessitent d’importants moyens de contrôle et peuvent avoir des répercussions au-delà de la relation entre Rabat et Madrid, notamment au sein de l’espace européen.

Howard W. French critique par ailleurs la manière dont Sebta est souvent abordée dans les médias occidentaux. Selon lui, la concentration sur les seules questions migratoires tend à reléguer au second plan l’histoire du territoire et les circonstances qui ont conduit à son passage sous contrôle européen.

L’universitaire revient ainsi aux origines de la conquête portugaise. Il relie l’expédition de 1415 aux intérêts économiques du Portugal et à sa volonté d’accéder aux circuits de l’or africain. Sebta passera ensuite sous domination espagnole dans le contexte des bouleversements dynastiques qui suivent la mort du roi portugais Sébastien Ier lors de la bataille de Oued El-Makhazen en 1578.

Une autre contradiction occupe une place importante dans son raisonnement. L’Espagne revendique Gibraltar auprès du Royaume-Uni en mobilisant des arguments historiques et géographiques, alors qu’elle rejette les revendications marocaines concernant Sebta et Mellilia.

Howard W. French relève que Gibraltar avait lui-même été fondé comme position fortifiée par les Almohades au XIIe siècle. Il rappelle dans le même temps que le Maroc ne revendique plus ce territoire, contrairement à Madrid qui continue de demander sa restitution par Londres.

La position défendue dans Foreign Policy va ainsi au-delà d’un simple rappel historique. Son auteur estime que Madrid aurait intérêt, pour des considérations de pragmatisme politique et géopolitique, à accepter à terme le retour de Sebta au Maroc.

Cette évolution permettrait selon lui de mettre fin à une situation héritée de plusieurs siècles de présence européenne en Afrique et d’aborder différemment les relations entre les deux rives de la Méditerranée.

L’auteur rattache enfin cette question à celle des relations entre l’Europe et l’Afrique. Il considère que les mouvements migratoires ne peuvent être durablement traités par les seuls dispositifs sécuritaires et plaide pour des rapports économiques plus équilibrés entre les deux continents.

À travers cette lecture, le statut de Sebta dépasse donc le seul différend territorial entre Rabat et Madrid. Howard W. French y voit l’un des derniers héritages d’une époque coloniale et estime que les évolutions démographiques, économiques et géopolitiques finiront par imposer une remise en cause du statu quo.

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