Le dirham a nettement reculé face aux principales devises depuis la fin de l’été, avec une accélération du mouvement au tournant de septembre et octobre. Le 6 octobre, le cours de référence moyen du dollar s’établissait à 9,9694 DH et celui de l’euro à 11,2167 DH, selon Bank Al-Maghrib.
La hausse est particulièrement visible face au billet vert. Le dollar valait encore 9,591 DH le 23 septembre, avant de passer à 9,682 DH une semaine plus tard puis à 9,855 DH le 2 octobre. Face à l’euro, la dépréciation s’inscrit dans une séquence plus longue. La monnaie européenne est passée d’environ 10,776 DH le 27 août à 11,2167 DH le 6 octobre.
Plusieurs facteurs se superposent pour expliquer cette évolution. Le premier tient aux besoins croissants de l’économie marocaine en devises pour régler ses importations.
À fin août, les achats de biens à l’étranger avaient augmenté de 15,8 % sur un an pour atteindre 617,5 milliards de dirhams. Dans le même temps, les exportations progressaient de 8,7 % à 334,9 milliards. Le déficit commercial s’est ainsi creusé de 25,4 %.
L’énergie contribue fortement à cette hausse des besoins. La facture des importations énergétiques a atteint 96,4 milliards de dirhams à fin août, en augmentation de 32,6 %. Ces achats doivent être réglés en devises, notamment en dollars, ce qui alimente la demande sur le marché des changes.
Le contexte international accentue cette pression. La hausse des prix de l’énergie, les tensions géopolitiques et le renforcement du dollar augmentent le coût des approvisionnements pour un pays importateur net d’énergie comme le Maroc.
La configuration du régime de change intervient également dans les mouvements observés. Le dirham est rattaché à un panier composé à 60 % de l’euro et à 40 % du dollar. Les variations entre les deux grandes devises internationales se transmettent donc à sa valeur.
Bank Al-Maghrib distingue à ce titre l’effet lié au panier de celui provenant directement du marché marocain. Cette mécanique permet notamment d’expliquer pourquoi le dirham peut évoluer à des rythmes différents face au dollar et à l’euro. Entre le 23 et le 30 septembre, il a ainsi perdu 0,9 % face au billet vert et 0,5 % face à la monnaie européenne.
À ces éléments s’ajoutent les conditions de liquidité sur le marché interbancaire. Lorsque les banques et leurs clients recherchent davantage de devises que les montants immédiatement disponibles, le marché peut se tendre. Une telle situation ne signifie toutefois pas nécessairement que le pays manque globalement de devises.
Les réserves officielles ne montrent pas, à ce stade, les caractéristiques d’une crise de change. Elles se situaient autour de 503 milliards de dirhams au 18 septembre, en hausse de 21 % sur un an. Bank Al-Maghrib n’avait par ailleurs pas procédé à des adjudications de devises au cours des dernières périodes hebdomadaires mentionnées dans les données disponibles.
Le dirham continue également d’évoluer dans le cadre de son régime de fluctuation. La monnaie marocaine peut varier à l’intérieur d’une bande de ±5 % autour d’un cours central calculé à partir de son panier de référence.
Le cours de référence publié quotidiennement par Bank Al-Maghrib répond à une autre fonction. Il est établi à partir des transactions effectuées sur le marché interbancaire par les banques teneurs de marché et sert notamment à réévaluer leurs avoirs et engagements en devises. Il ne correspond donc pas directement au taux appliqué à chaque client lors d’une opération de change.
L’approche du seuil de 10 DH pour un dollar attire néanmoins l’attention. Ce niveau n’a aucune portée réglementaire et constitue essentiellement un repère psychologique. L’évolution de l’écart entre le cours de marché et le cours central ainsi que les conditions de liquidité fournissent des indications plus pertinentes sur l’intensité des tensions.
Les conséquences de cette dépréciation varient enfin selon l’activité des entreprises. Un importateur doit mobiliser davantage de dirhams pour régler une même facture en devises lorsque le dollar ou l’euro s’apprécie.
Les exportateurs peuvent, à l’inverse, profiter d’un taux de conversion plus favorable lorsqu’ils encaissent leurs revenus en devises. Le gain peut toutefois être réduit lorsque leur activité dépend elle-même de matières premières, d’équipements ou de composants importés.
La rapidité du mouvement observé depuis plusieurs semaines constitue ainsi le principal élément à surveiller. Le dirham subit une pression visible face au dollar comme à l’euro, sans que le niveau des réserves de change ou son régime de fluctuation ne permette, à ce stade, de caractériser la situation comme une crise de change.


