La montée en puissance du tabac chauffé, des sachets de nicotine et de la cigarette électronique place la réduction des risques au cœur d’un débat qui dépasse désormais la seule cigarette traditionnelle.
Réunie à Rabat le 24 juin dans le cadre de la conférence Technovation Smoke-Free, Philip Morris International a défendu sa stratégie fondée sur les produits sans combustion. Le groupe présente notamment IQOS et les sachets ZYN comme des solutions destinées aux fumeurs adultes qui ne parviennent pas à abandonner le tabac.
Cette approche repose sur un constat scientifique établi. La combustion génère l’essentiel des substances toxiques contenues dans la fumée de cigarette, parmi lesquelles les goudrons, le monoxyde de carbone, le benzène et le formaldéhyde. La nicotine reste principalement responsable de la dépendance, même si elle agit également sur le système nerveux et peut entraîner des effets cardiovasculaires.
Selon un article publié par notre confrère le magazine Santé Mag, la suppression de la combustion réduit l’exposition à plusieurs composés nocifs. Elle ne rend toutefois pas ces produits inoffensifs. Le tabac chauffé émet toujours un aérosol contenant de la nicotine et d’autres substances potentiellement dangereuses. Les sachets de nicotine peuvent, de leur côté, provoquer des irritations buccales et maintenir une addiction durable.
L’incertitude porte aussi sur leurs effets à long terme. Contrairement à la cigarette, étudiée depuis plusieurs décennies, ces produits disposent encore d’un recul scientifique limité. Une exposition plus faible à certaines substances ne permet pas de conclure automatiquement à une diminution équivalente des maladies après plusieurs années d’utilisation.
Le bénéfice éventuel dépend également des habitudes des consommateurs. Les études les plus favorables concernent les fumeurs qui remplacent complètement la cigarette combustible. Le maintien de quelques cigarettes parallèlement au tabac chauffé, à la vape ou aux sachets de nicotine continue d’exposer l’organisme aux produits issus de la combustion.
Ce double usage constitue l’une des principales limites de la réduction des risques. L’alternative perd une grande partie de son intérêt lorsqu’elle s’ajoute à la cigarette au lieu de la remplacer.
L’attractivité de ces nouveaux produits alimente une autre inquiétude. Leur format discret, leur image technologique et la diversité des saveurs proposées peuvent séduire des personnes qui n’auraient pas nécessairement commencé à fumer. Les autorités sanitaires surveillent particulièrement leur diffusion auprès des jeunes, notamment sur les réseaux sociaux.
Au Maroc, l’ampleur du phénomène reste difficile à mesurer. Les données disponibles ne permettent pas encore de connaître précisément le nombre d’utilisateurs de tabac chauffé, de cigarettes électroniques ou de sachets de nicotine. Elles ne distinguent pas non plus les anciens fumeurs, les consommateurs mixtes et les personnes qui n’avaient jamais fumé auparavant.
La physiologiste et toxicologue Hala Harifi appelle à ne pas réduire le débat à une opposition entre cigarette classique et produits alternatifs. La disparition de la combustion peut diminuer l’exposition à certaines substances, mais la nicotine continue d’entretenir la dépendance et d’agir sur l’organisme.
La spécialiste rappelle que la réduction des risques vise les fumeurs adultes incapables d’arrêter, et non l’arrivée de nouveaux consommateurs. Elle souligne aussi que les substituts nicotiniques utilisés dans le cadre d’un accompagnement médical restent les outils les mieux documentés pour le sevrage.
Derrière la transformation technologique se joue ainsi une question de santé publique. Le succès de ces produits ne pourra pas être évalué uniquement à partir de leur toxicité comparée à celle de la cigarette. Il dépendra surtout de leur capacité à faire reculer durablement le tabagisme sans élargir la population dépendante à la nicotine.

