Dans les plaines agricoles du Souss-Massa, les camionnettes chargées de travailleurs venus d’Afrique de l’Ouest font désormais partie du paysage. Entre les serres de tomates, de fraises ou de myrtilles, une nouvelle réalité s’impose peu à peu dans les campagnes marocaines. Le Royaume n’est plus seulement un pays de passage pour les migrants subsahariens. Il devient, pour beaucoup, une terre de travail, de stabilité et parfois même d’installation durable.
À Aït Amira, au sud d’Agadir, de nombreux migrants arrivés avec l’idée de rejoindre l’Europe ont finalement choisi de rester au Maroc pour travailler dans les exploitations agricoles. La région concentre à elle seule plus de 24 000 hectares de cultures sous serre et représente plus des quatre cinquièmes des exportations marocaines de fruits et légumes.
Cette évolution accompagne les mutations du marché de l’emploi au Maroc. Depuis plusieurs années, de nombreux jeunes ruraux quittent les campagnes pour rejoindre les villes et travailler dans le bâtiment, les services ou les grands chantiers lancés dans le cadre des préparatifs de la Coupe du monde 2030. Résultat, les exploitations agricoles peinent à recruter une main-d’œuvre locale suffisante.
Dans ce contexte, les travailleurs venus du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Mali ou encore du Togo occupent une place de plus en plus importante dans les fermes marocaines. Leur présence permet à de nombreuses exploitations de continuer à produire et à exporter.
Alioune, un travailleur sénégalais installé depuis trois ans dans la région de Chtouka, explique qu’il pensait au départ traverser vers l’Espagne avant de changer d’avis. « Quand je suis arrivé ici, j’ai trouvé du travail rapidement. Les gens m’ont aidé et aujourd’hui je préfère rester au Maroc. J’arrive à envoyer un peu d’argent à ma famille et j’ai trouvé une certaine stabilité », raconte-t-il.
Même constat pour Moussa, un autre Sénégalais employé dans les serres depuis plusieurs saisons. « Le Maroc nous donne une possibilité de travailler dignement. Ce n’est pas facile tous les jours, mais ici on peut avancer, apprendre un métier et vivre mieux que dans la rue en attendant de partir ailleurs », dit-il.
De son côté, Yao, ivoirien arrivé il y a deux ans dans la région d’Agadir, affirme qu’il ne s’attendait pas à rester aussi longtemps. « Au début, je pensais seulement passer. Mais au Maroc il y a du travail et les gens nous respectent. Beaucoup de mes amis veulent désormais construire quelque chose ici », confie-t-il.
Plus de 50 000 migrants ont obtenu un statut légal dans le Royaume depuis 2013. Dans plusieurs régions agricoles, leur présence contribue aujourd’hui à soutenir un secteur essentiel pour l’économie nationale.
Pour les producteurs, cette main-d’œuvre est devenue indispensable. Btissam Mounadi, agricultrice dans la province de Bir Jdid, estime que certaines exploitations auraient déjà dû réduire fortement leur activité sans ces travailleurs venus d’Afrique subsaharienne.
Le Maroc fait ainsi face à une transformation profonde. Entre baisse de la main-d’œuvre locale, développement des cultures à forte valeur ajoutée et grands projets d’infrastructures, les besoins en travailleurs augmentent fortement. Dans ce contexte, les migrants d’Afrique de l’Ouest occupent désormais une place centrale dans les campagnes marocaines, où beaucoup trouvent plus qu’un emploi, une véritable perspective de vie.
