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Désinformation ciblée : pourquoi le Maroc est sous attaque depuis la CAN

Serviettes, supporters, Regragui : depuis la CAN, le Maroc subit une offensive d’intox structurée. Enquête sur les relais et les motivations.

La Coupe d’Afrique des nations 2025 n’a pas seulement été un événement sportif d’envergure pour le Maroc. Elle est aussi devenue, depuis plusieurs semaines, le théâtre d’une offensive informationnelle de grande ampleur, visant à décrédibiliser le Royaume sur les plans organisationnel, judiciaire, sportif et diplomatique. Rumeurs virales, accusations infondées, narratifs instrumentalisés, vidéos déformées; le Maroc fait désormais face à une campagne d’intox structurée, quotidienne, qui dépasse largement le cadre du sport.

Tout commence avant même le coup d’envoi de la CAN 2025. Puis, dès les premiers jours de janvier, plusieurs comptes anonymes sur X, TikTok ou Facebook diffusent des contenus affirmant que certaines délégations africaines manquent de serviettes dans leurs hôtels, ou se plaignent du traitement réservé par les organisateurs. Aucun témoignage direct n’est alors vérifiable. La rumeur enfle, relayée en particulier par des pages et influenceurs algériens, certains comptant plusieurs centaines de milliers d’abonnés. Des vidéos de chambres d’hôtel, sorties de leur contexte, circulent pour étayer ces affirmations. Les fédérations concernées n’ont jamais confirmé ces informations.

Quelques jours plus tard, un autre récit s’impose. L’arbitrage serait biaisé en faveur du Maroc. Là encore, des extraits d’actions de match sont diffusés de manière isolée, parfois accompagnés de montages sonores trompeurs. Plusieurs comptes sénégalais et sud-africains alimentent cette accusation. Dans le même temps, une partie de la presse étrangère reprend les critiques sur l’organisation, souvent en citant comme sources… des publications sur les réseaux sociaux.

L’après-finale marque un tournant. Des violences éclatent à Rabat, impliquant des supporters sénégalais. Plusieurs arrestations ont lieu. Quelques jours plus tard, une dépêche d’une agence de presse étrangère évoque une grève de la faim des détenus, dénonçant des retards de procédure et l’absence d’interprète. Le parquet dément fermement, pointant des données « fausses » et une tentative d’influence sur la justice. L’information avait été relayée en masse, avant même toute vérification. L’affaire fait écho à une autre rumeur parallèle; celle d’un prétendu « traitement discriminatoire » infligé aux supporters d’Afrique subsaharienne. Aucun fait concret n’est apporté, mais la même mécanique se poursuit car l’accusation précède le démenti.

Les rumeurs infondées sur un prétendu « départ » de Walid Regragui après l’élimination du Maroc ont, elles aussi, été récemment utilisées dans cette même logique. Des vidéos tronquées, affirmant que le sélectionneur national aurait « quitté son poste » à la suite de « pressions politiques », circulent encore. Là encore, des comptes algériens, mais aussi plusieurs médias étrangers et notamment français, sénégalais ou camerounais, ont été particulièrement actifs dans la diffusion de ces versions qui prêtent au ridicule et décrédibilisent profondément certains médias de presse pourtant jusqu’ici renommés à l’international ou du moins sur le plan continental.

Une offensive structurée, multiforme, transfrontalière

Depuis plusieurs mois, des analystes observent une montée en puissance des contenus hostiles au Maroc, souvent diffusés depuis l’étranger. En 2023, le Laboratoire de recherche de l’Université de Toronto, Citizen Lab, avait identifié des opérations de désinformation ciblant les intérêts marocains, notamment sur le Sahara. Plusieurs campagnes provenaient de réseaux opérant depuis l’Algérie et l’Europe de l’Ouest.

Pendant la CAN, cette tendance s’est accentuée. Des réseaux de comptes coordonnés ont été repérés diffusant en masse des hashtags anti-marocains ou accusant le pays de « favoritisme » ou de « racisme ». Des analyses open source montrent que certains de ces comptes changent régulièrement d’identité (nom, photo, bio), mais conservent une même ligne éditoriale, souvent alignée sur les narratifs officiels d’Alger.

D’autres relais ont émergé dans certains cercles militants sénégalais, alimentés par la tension post-finale et la sensibilité politique du dossier. À cela s’ajoutent des relais internationaux plus diffus, qui profitent de la dynamique virale pour imposer des récits sans les vérifier.

Dans certains cas, des médias en ligne peu régulés ont également servi de chambre d’écho. Des sites d’information installés à l’étranger, opérant sans rédaction identifiée, ont publié des articles remettant en cause l’organisation marocaine, citant exclusivement des comptes sociaux comme sources.

Une cible géopolitique de premier plan

Si le Maroc cristallise autant d’hostilité, ce n’est pas un hasard. Le Royaume occupe une position centrale dans l’espace africain, en matière diplomatique, sécuritaire, religieuse, culturelle et économique. Son influence croissante, notamment en Afrique de l’Ouest, dérange. Certains pays rivaux cherchent à contenir cette dynamique par des moyens indirects.

L’Algérie, en premier lieu, mène depuis plusieurs années une campagne hostile au Maroc sur de nombreux fronts. Médias publics, relais numériques, porte-parole officiels : les attaques sont récurrentes et systématiques. Pendant la CAN, plusieurs organes de presse algériens ont accusé le Maroc d’avoir « manipulé » la compétition.

D’autres acteurs, plus discrets, instrumentalisent des récits pour gêner l’avancée marocaine. Certains comptes pro-iraniens, très actifs sur la scène moyen-orientale, ont notamment diffusé des contenus hostiles à la monarchie marocaine en lien avec la CAN, reprenant les thèmes fantaisistes de « néocolonialisme » ou encore d’« apartheid footballistique ».

« On peut mentir parfois à une poignée de gens, mais on ne peut mentir tout le temps à tout le monde »

Face à cette pression constante, les autorités marocaines ont adopté une ligne claire, celle de ne pas entrer dans la polémique, mais de toujours répondre par des faits vérifiables. Le parquet ou encore la Fédération Royale Marocaine de Football ont communiqué à plusieurs reprises pour enrayer la machine à infox, les ministères ont publié des précisions, et les données officielles continuent tous les jours à être rendues publiques.

Le Maroc s’est également appuyé sur la crédibilité de ses partenaires africains. Plusieurs fédérations ont exprimé leur grande satisfaction quant à l’organisation exemplaire de la CAN par le Royaume. Le public marocain, malgré l’élimination des Lions de l’Atlas, a continué à remplir les stades. Et sur le terrain, la compétition s’est déroulée sans aucun incident majeur logistique, sanitaire ou sécuritaire, à part celui provoqué en final par des mains étrangères.

Le Maroc est aujourd’hui une cible car il est devenu un acteur de premier ordre. La CAN n’a pas créé cette tension, mais elle l’a révélée. Le Royaume avance sur un terrain où les récits comptent autant que les projets, et où chaque réussite suscite son lot de réactions hostiles. Dans cet espace, l’intox est peut être un outil provisoire, mais la vérité sera toujours la plus grande arme…

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