Depuis le 1er février 2026, l’exportation de sardine marocaine est suspendue pour une durée d’un an. La décision, qui ne concerne que la sardine (Sardina pilchardus), a été prise par le Secrétariat d’État chargé de la Pêche Maritime. Elle s’applique à toutes les formes qu’elle soit fraîche, réfrigérée ou congelée.
Cette mesure, que les autorités présentent comme temporaire et ciblée, vise à répondre à une situation conjoncturelle. L’objectif est de préserver la ressource halieutique et de renforcer l’approvisionnement du marché intérieur dans un contexte marqué par la baisse des débarquements et la pression sur les prix.
Elle fait suite à une série de consultations menées avec les acteurs de la filière, selon le Secrétariat d’État. Des concertations ont été engagées en amont avec les industriels, et des partenariats ont été mis en place entre les unités de congélation et celles de la conserve afin d’orienter les volumes vers le marché local.
Contrairement aux inquiétudes exprimées par la Fédération nationale des industries de la pêche (FENIP), cette décision ne remet pas en cause la dynamique globale de la filière pélagique. Les autres espèces (maquereau, chinchard, anchois ou sardinelle) restent exportables, et les usines peuvent continuer à transformer et exporter sans restriction ces produits.
Sur le plan industriel, le secteur de la congélation des petits pélagiques compte près de 100 unités au Maroc, dont 23 à Laâyoune, et représente environ 13 200 emplois. En 2025, les exportations de cette filière ont atteint 3,12 milliards de dirhams. La sardine n’en a représenté que 23 % en valeur, contre 70 % en 2020, confirmant une réorientation progressive vers d’autres espèces.
Les ports du sud, de Dakhla à Agadir, assurent plus de 30 % de l’approvisionnement national via les marchés de gros, sans compter les volumes hors circuit. Dans un contexte climatique défavorable, ils constituent un levier crucial pour stabiliser l’offre.
Les autorités assurent que la mesure aura un effet limité sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Elle doit au contraire permettre une meilleure valorisation des débarquements, soutenir la transformation locale et contribuer à la sécurité alimentaire, sans déséquilibrer les maillons du secteur.
Le Secrétariat d’État affirme maintenir un dialogue ouvert avec les professionnels, pour ajuster si nécessaire les mesures de gestion, dans le respect des équilibres économiques, sociaux et environnementaux.
A noter que la part décroissante de la sardine dans les exportations met en relief une transformation structurelle de la filière. Alors qu’elle représentait encore 70 % du chiffre d’affaires à l’export des petits pélagiques en 2020, cette proportion est tombée à 23 % en 2025. À l’inverse, le maquereau représente désormais 46 % des revenus à l’export, devant le chinchard (23 %), témoignant d’un recentrage progressif sur des espèces à plus forte demande internationale.
Les autorités misent aussi sur l’industrie de la conserve pour absorber les volumes destinés auparavant à l’export. Cette orientation s’appuie sur un tissu industriel déjà structuré et capable de capter une plus grande part de la production nationale. Elle vise à renforcer la transformation locale, créer plus de valeur ajoutée au Maroc et limiter la dépendance aux marchés extérieurs, dans une logique de souveraineté alimentaire.
En toile de fond, la décision intervient dans un contexte de vulnérabilité accrue des ressources marines face aux effets du changement climatique. La baisse des débarquements, observée ces derniers mois, renforce la nécessité d’une gestion plus fine et plus réactive des stocks. L’État affirme vouloir suivre de près l’évolution de la situation et adapter les mesures si besoin, en concertation avec les professionnels.
