Migration : la situation à Sebta continue à inquiéter Bruxelles

La situation migratoire à Sebta continue de peser sur le débat européen. Malgré le recul des arrivées irrégulières, les événements survenus fin juillet restent très présents dans les discussions sur la politique migratoire de l’Union européenne.

Le commissaire européen à la Migration, Magnus Brunner, estime que les images diffusées depuis Sebta ont eu un impact politique dépassant largement la situation observée sur le terrain. Il a notamment établi un lien entre leur diffusion et la progression du soutien aux formations d’extrême droite en Europe.

Plus de 72 000 personnes venues du Maroc avaient franchi la frontière à la fin du mois de juillet. La majorité a depuis quitté Sebta. Les estimations communiquées par les autorités espagnoles font état de plusieurs milliers de migrants toujours présents sur place, parmi lesquels figurent également des mineurs.

Magnus Brunner a souligné le décalage entre ces événements et l’évolution générale des flux migratoires vers l’Europe. Selon lui, la baisse des arrivées irrégulières et les résultats obtenus par les politiques mises en œuvre sont relégués au second plan par les images provenant de Sebta.

Le commissaire européen considère également que cette situation nourrit politiquement l’extrême droite. Il défend dans ce contexte une accélération des retours afin, selon ses propres termes, de montrer que les autorités conservent la maîtrise de la situation.

Ces déclarations interviennent alors que Bruxelles travaille sur ses dispositifs face aux arrivées massives. Ursula von der Leyen a proposé mercredi la création d’un cadre d’urgence destiné aux mouvements migratoires que la présidente de la Commission européenne qualifie d’« orchestrés et instrumentalisés ». Magnus Brunner a indiqué que le sujet devait être examiné lors d’une prochaine réunion du Conseil européen, tout en appelant en priorité à appliquer les mécanismes déjà adoptés.

À Sebta, les autorités espagnoles ont parallèlement engagé vendredi matin une opération destinée à transférer des migrants installés sur les plages vers des structures temporaires. Des unités anti-émeute et des militaires espagnols ont participé au dispositif lancé peu avant 7 heures.

De nouveaux hébergements ont été aménagés dans le port avec une capacité annoncée de 1 700 places. Selon une ONG locale, environ 4 000 personnes restaient toutefois sans abri.

Des hommes ont été conduits par petits groupes depuis la plage d’El Trampolin jusqu’aux installations portuaires sous escorte policière. Des tensions ont éclaté pendant l’opération. D’après des images diffusées par la télévision publique espagnole TVE, la police a utilisé des balles en caoutchouc tirées en l’air et des matraques avant que le calme ne revienne et que les transferts puissent reprendre.

Les structures temporaires étant réservées aux hommes adultes, les mineurs sont dirigés vers des lieux d’accueil distincts. La majorité des personnes concernées sont des hommes et de jeunes garçons.

Des responsables d’ONG interrogés par Reuters ont critiqué les délais pris pour mettre à disposition des solutions d’hébergement et jugent les capacités actuelles insuffisantes pour accueillir l’ensemble des personnes concernées. Deux d’entre eux estiment également que les autorités espagnoles pourraient compter sur des retours volontaires vers le Maroc.

La question migratoire reste particulièrement sensible au sein de l’Union européenne. Depuis les arrivées massives enregistrées en 2015, plusieurs États membres ont renforcé leurs politiques de contrôle des frontières, de dissuasion et de retour des personnes en situation irrégulière.

Magnus Brunner a par ailleurs défendu les échanges facilités par la Commission européenne entre des États membres et des responsables talibans au sujet du retour en Afghanistan d’Afghans condamnés pour des crimes en Europe. Des organisations de défense des droits humains contestent cette démarche et mettent en garde contre les risques auxquels pourraient être exposées les personnes renvoyées. Le commissaire européen affirme pour sa part placer la sécurité des citoyens européens au premier plan.

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